(Hallow Ground / Import)
23/09/2022
Electronique

Objet étrange que ce nouvel album publié par Hallow Ground en double vinyle transparent. Intitulé Songs For Sad Poets, présentant deux noms d’artistes sur sa pochette et affublé de huit pistes (deux par face de disque), ce long-format paraissait être un travail de mise en musique d’œuvres de poètes maudits (Nerval, Leopardi, pour les plus connus). En fait, l’écrivain Eugene Thacker a composé, pour la circonstance, huit poèmes, comme autant d’hommages à ses prédécesseurs, poèmes qui ne sont ni dits, ni lus sur l’album, mais dont le texte est retranscrit dans le livret. Charge, donc, à l’auditeur de se plonger dans l’heure et quart de musique de Siavash Amini, pochette en mains pour lire en même temps les poèmes du New-Yorkais et essayer d’y trouver des marques d’attachement aux poètes listés.
Mais on peut aussi faire le choix d’appréhender cet album comme un nouveau disque de Siavash Amini, certes partisan de collaborations allant au-delà de la musique, mais avant tout adepte d’une ambient inquiétante et sombre, marquée par des incursions métalliques et des souffles opaques. Tandis que des field recordings s’occupent principalement de l’arrière-plan, des traits aux consonances industrielles strient ainsi l’espace sonore (A Quiet Glow (For Chuya Nakahara)). Lorsque les plages de fond calment le jeu, moins denses et obscures, des vocalises féminines, spectrales et lointaines, peuvent alors prendre le relais (Demented Skies (For Alejandra Pizarnik)).
Alors que l’album commençait un peu à ronronner, Opulent Night (For Mário de Sá-Carneiro), en fin de troisième disque, vient renouveler l’attention, avec son larsen acéré qui monte en puissance et son aptitude à déployer un univers plus étendu (alternance de saturation et de calme), mécanisme qu’on retrouve sur le titre caudal (Prisms of Sleep (For Jean-Joseph Rabearivelo)). Même intérêt avec A Shape Forlorn (For Zhu Shuzhen) qui offre glitchs divers et éléments finement travaillés, posés sur un tapis sonore qui ne prend pas trop d’espace. Pas forcément suffisants pour en faire un long-format indispensable, ces trois morceaux constituent néanmoins un bon témoignage des qualités de l’Iranien.
le 19/12/2022