Je Me Souviens Le Ciel Est Loin Et La Terre Aussi

 auteur

Aurélien Bory

 metteur en scène

Aurélien Bory

 date

du 24/11/2022 au 03/12/2022

 salle

Théâtre Silvia-Monfort,
Paris

 appréciation
 tags

Aurélien Bory / Théâtre Silvia-Monfort

 liens

Théâtre Silvia-Monfort

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Reprendre une mise en scène est chose finalement assez rare sur les plateaux de théâtre. Tout juste quelques créateurs comme Jean-Luc Lagarce voient leurs propositions réactivées quelques années plus tard, comme si la chose était impossible (le nouveau metteur en scène pourrait-il vraiment s’effacer complètement derrière celui qui l’a précédé ?). Pour tordre un peu le sujet, Aurélien Bory choisit de reconstituer Le Ciel Est Loin Et La Terre Aussi, spectacle de Mladen Materic qu’il avait vu en 1994, en mêlant matériau primitif et souvenirs tamisés par le temps. Avec des éléments de décor, une vidéo captant la pièce d’époque et la présence des comédiens originels, c’est directement la structure de base qu’on voit sur le plateau. Mais le Français y adjoint des aspects plus contemporains, à commencer par sa propre présence, quasi-continue.

Évocation du quotidien d’un couple entre deux âges, Le Ciel Est Loin Et La Terre Aussi est une pièce sans parole, jouant sur la gestuelle et les corps. Dans cette version ranimée, une couche de mélancolie vient s’ajouter, par la grâce d’objets et d’artifices très poétiques. À cet endroit, il faut insister sur la présence de milliers de balles de ping-pong, déversées au début du spectacle sur toute la surface du plateau, rendant les déplacements instables (une genouillère, à la jambe de Jelena Covic, en témoigne) mais permettant aussi des manipulations très poétiques : ce brassage à la pelle à neige de Mickael Godbille, régisseur plateau, qui les transforme en tisons de feux d’artifice, ou bien ces glissades peu assurées mais réjouissantes visuellement.

Esthétiquement, donc, le spectacle s’avère séduisant, jouant également sur une forme d’étrangeté (ces meubles qui traversent tous seuls le plateau de cour à jardin), de combinatoire (ces murs en carton-pâte qui sont assemblés façon jeu de construction pour former des « L » ou des « T ») et de burlesque. On sent d’ailleurs qu’avec le temps, les échanges entre l’homme et la femme ont pris cette épaisseur-ci, dans leurs disputes, leurs bouderies et autres scènes du quotidien, au sein de leur intérieur vieillot, avec table en formica et canapé défraîchi. Par-delà ces caractéristiques plastiques, qui charrient aussi leur lot de poncifs (quand Aurélien Bory s’assied sur un croissant de lune qui s’élève dans les cintres, pour observer avec une certaine distance le couple), le propos se montre malheureusement assez vite lassant et répétitif, même sur une heure et quart. Reste cette belle envie du créateur de se promener sur le plateau et dans ses souvenirs.

François Bousquet
le 30/11/2022

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