06/01/2023
Le 104,
Paris
Dans la gamme des concerts programmés par le GRM de l’INA, nous ne nous étions encore jamais rendus aux propositions faites début janvier, par faute d’intérêt pour les artistes invités ou par manque de disponibilité les soirs considérés. Afin de bien débuter 2023, on prit le chemin du 104, pour cette soirée « Live Electronics », positionnée dans la salle 400, en configuration frontale (possiblement moins pertinente pour profiter de l’acousmonium du GRM, mais qui permettait à tout le public - fort nombreux, au demeurant - de bien voir les personnes qui se sont succédées sur scène).
Pour ouvrir la soirée, avec un peu de retard compte tenu de l’affluence, on découvrit Diane Barbé, jeune femme adepte d’outils et instruments fabriqués main, notamment des appeaux à oiseaux, dont les sons furent mis en boucle, dotés de réverbération et poussés jusqu’au larsen. Ils furent ensuite relayés par une flûte traversière, aux sons ululants ou assez proches d’un chant d’oiseau, avec trilles et autres jeux rapides. Plus loin, apparurent un sifflet à coulisse, d’autres appeaux et une autre flûte, soutenus par des petites pointes électroniques qui, grâce au dispositif de spatialisation sonore, parurent ressembler à des bruits d’insectes nocturnes, dans une atmosphère onirique très forte. Pour finir, la Française se saisit d’une flûte traversière en bois, aux consonances est-asiatiques (ou sud-américaines, c’est au choix), conclusion de vingt minutes dépaysantes.
Avec Audrey Chen, on se situa dans quelque chose de plus expérimental, puisque l’États-unienne a, depuis quelques années, délaissé son violoncelle pour un travail sur la voix. Au programme : souffles, bruits de bouche, petits cris, onomatopées et roulements de langue, confrontés à des poussées électroniques et sons divers. Assez dérangeante et abstraite dans son approche, la performance manifestait néanmoins une véritable incarnation donnée à l’ensemble, même si tout cela parut assez vite répétitif, voire rébarbatif.
L’entracte passé, un duo canadien s’installa, avec Stefan Maier au synthé modulaire, lançant notes et grésillements, et Michelle Helene Mackenzie avec divers instruments et objets (bol en étain, clochettes, feuilles, tiges métalliques, etc…). Utilisés avec une mailloche, un archet ou tout simplement à la main, ces ustensiles pouvaient, parfois, conduire la musique proche de l’ASMR (quand elle frottait feuilles de papier ou morceaux de tissu dans ses mains). Pour autant, le dialogue avec les apports synthétiques de son comparse s’avéra très convaincant grâce à la combinaison de l’aspect plus doux avec un caractère plus perçant, ou bien d’éléments plus lumineux (provenant des adjuvants métalliques) avec des matériaux plus abrasifs. La dernière partie de leur petite demi-heure se voulut plus homogène, avec des nappes et accords posés par Stefan Maier, tandis que Michelle Helene Mackenzie se contentait de légers frottements. Musicalement, ce fut possiblement le sommet de leur set même si, visuellement, il s’y passa moins de choses que précédemment.
Enfin, la soirée se clôtura avec deux pièces d’Hanna Hartman, seule musicienne chroniquée jusqu’alors sur nos pages. Adepte de musique concrète, la Suédoise livra un titre en direct, puis un morceau en diffusion, étant montée à la console entre les deux. Pour Solo, elle mit trois capteurs en bouche, reliés à ses machines, et frotta, de ses paumes de mains, deux boules de matière flasque sur des plaques munies de micros. Elle fit aussi glisser des pièces de monnaie évidées sur une tige métallique façon antenne de theremin, pour une proposition très organique, faite de souffles, grattements et bruissements. Située dans le même registre, Fog Factory permit de terminer la soirée progressivement, avant de quitter la salle et de retrouver le monde réel.
le 09/01/2023