Renverser ses Yeux - Autour de l’arte povera 1960-1975 : Photographie, film, vidéo

 date

du 11/10/2022 au 29/01/2023

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Giulio Paolini / Jeu de Paume / Michelangelo Pistoletto

 liens

Jeu de Paume

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Avec son titre à rallonge, cette exposition double (au Jeu de Paume et au Bal), dont nous n’avons vu que la partie située dans le Parc des Tuileries, annonce évidemment le projet et le programme. Mais, à bien y regarder, ce ne sont pas forcément les mediums cités qui importent dans cet intitulé (même si cela permet, en creux, d’appréhender le fait qu’à la différence d’autres monstrations, il n’y sera guère question de sculptures ou installations), mais plutôt le « autour ». De fait, on peut lire cet adverbe comme une volonté de faire le tour de ce mouvement artistique italien, mais aussi comme un aveu de l’incapacité à le saisir, pour y rester extérieur et périphérique.

Paolo Icaro - Scatola di Amalfi
(courtesy du Jeu de Paume)

Marquée par une économie de moyens, l’utilisation de matériaux « pauvres » et non nobles, cette mouvance savait aussi aller chercher du poétique dans des petites choses, à l’image de la Scatola di Amalfi (« boîte d’Amalfi ») de Paolo Icaro (entassement de cartes postales de la ville de Campanie, positionnées de manière à surtout en voir le ciel infiniment bleu). Avant-gardiste, l’arte povera a permis à de nombreux créateurs de se retrouver dans une démarche à la fois empreinte de sobriété (matériaux utilisés, couleurs convoquées, formes peu tapageuses ou ostentatoires) et de post-modernisme.

Giulio Paolini - Antologia (26/1/1974)
(courtesy du Jeu de Paume)

À ce titre, on relève, dans le parcours, un véritable travail sur le support, avec ces châssis doubles de Giulio Paolini (deux châssis mis face à face, et dont on ne voit que les arrières) ou bien ces châssis recouverts de tissu ou de soie chez Fabio Mauri. Poursuivant leur recherche sur le medium, les Italiens peuvent composer des photographies comprenant des morceaux de plâtre (série Fresques de Franco Guerzoni) et superposer, dans une mise en abyme, des cadres dans le cadre (à nouveau Paolini) ou encore le spectateur lui-même à l’œuvre (les tableaux-miroirs de Michelangelo Pistoletto).

Avec ce type d’œuvre, on rentre également dans l’important aspect performatif, ou participatif, développé par les Italiens. Pistoletto poussa ainsi une boule de journaux dans les rues de Turin, Franco Vaccari invita ses compatriotes à rentrer dans une cabine Photomaton mobile tandis que Piero Manzoni les incitait à monter sur un petit piédestal afin d’eux-mêmes constituer une œuvre. Assurément, cela permet de se projeter dans cette époque et d’en percevoir la modernité. Pour autant, au fil des salles, on ressent le vague sentiment que le principe même du parcours se retourne contre lui, avec quelque chose qui relève davantage de la documentation sur ce qu’a été l’arte povera qu’une véritable exposition d’arte povera. On en revient donc à l’intitulé, alors lisible comme un aveu… ou un postulat scientifique, c’est selon !

François Bousquet
le 30/01/2023

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