du 15/01/2023 au 02/04/2023
Crédac,
Ivry-sur-Seine
Poursuivant un travail marqué par les études postcoloniales et leur traduction dans les arts plastiques (on se souvient d’œuvres vues à la Fondation d’Entreprise Ricard en 2012), Mathieu Kleyebe Abonnenc s’appuie sur une citation de Frantz Fanon pour l’intitulé de son exposition personnelle au Crédac. En parallèle de son travail de direction éditoriale, le Guyanais profite des larges espaces du centre d’art pour offrir énormément de respiration à ses créations et installer des dispositifs sonores et filmiques largement déployés.
De fait, Thomas Tilly (qui donna également un concert, mi-février, au sein d’une des salles du Crédac) est convié à disposer une grosse demi-heure d’installation sonore (faite de ses habituels enregistrements de terrain et nappes) dans la deuxième salle, sonorisée à l’aide de six haut-parleurs, tandis que, dans les salles voisines, des films retracent une descente nocturne d’un fleuve en Guyane ou bien une chorégraphie inspirée d’une danse rituelle africaine. Ce lien avec d’anciennes terres colonisées se retrouve dans la principale salle du lieu ivryen, uniquement dédiée aux œuvres plastiques de Mathieu Kleyebe Abonnenc, entre artefacts un peu artisanaux, à base de composantes locales, et créations évocatrices d’une situation politique spécifique.
Trois carapaces de tortue sont, ainsi, renversées, à même d’accueillir quelques centilitres de gallium (métal argenté qui devient liquide au contact de la peau ou quand il est exposé au soleil) (Le Veilleur de Nuit, pour Wilson Harris), tandis que des mues de python se trouvent disposées dans une boîte en fer blanc (Dans le Ventre du Vaisseau de Verre) et qu’un collier en flûtes d’os rejoue un bijou chamanique (Des Morceaux de Chairs arrachées aux Os des Ennemis). Entre regard arrière sur les croyances ancestrales et confrontation critique du rapport homme-nature, Abonnenc parvient à politiser son propos avec des moyens réduits et contenus (davantage contenus que ses intitulés d’œuvres, toujours un peu trop symbolistes).
De même, un plan cadastral dessiné à la main (Crique Ouacapou) ou bien des monochromes rouges sang peints sur des châssis en cuivre (Études pour la Chambre de la Rançon (Atahualpa)) interrogent sur l’influence des hommes sur l’environnement, auquel il n’est possible de se confronter qu’avec des instruments de fortune, tels ceux disposés au sol (bouée, cafetière, réchaud, tout un attirail à emporter pour descendre le fleuve, comme dans le film diffusé par ailleurs).
le 27/02/2023