Des Femmes Qui Nagent

 auteur

Pauline Peyrade

 metteur en scène

Émilie Capliez

 date

du 08/03/2023 au 19/03/2023

 salle

Théâtre Gérard-Philipe,
Saint-Denis

 appréciation
 tags

Pauline Peyrade / Théâtre Gérard-Philipe

 liens

Théâtre Gérard-Philipe

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Naturellement débutée un 8-mars, la douzaine de jours de représentation des Des Femmes Qui Nagent s’inscrit bien dans la lignée d’un théâtre féministe et politique. Attaché à la figure de l’actrice de cinéma, aussi bien dans sa représentation abstraite (ce qu’elle véhicule, ce qu’elle endure) que dans ses incarnations (plusieurs dizaines de comédiennes sont matérialisées sur le plateau), le spectacle de Pauline Peyrade nécessite, néanmoins, une culture cinématographique affirmée.

De fait, à part quelques exceptions, les films ne sont jamais nommés, non plus que les comédiennes ou les personnages qu’elles interprètent. À la place, il s’agit, pour les quatre actrices, de décrire telle ou telle scène, de tel ou tel film, alors vu(e) comme symbole de la condition d’actrice. Dans ce contexte, on abandonne rapidement toute tentative de mettre des noms sur des séquences, pour se laisser emporter, a fortiori avec la mise en scène alerte d’Émilie Capliez. Au début de la pièce, quand l’énumération devient vertigineuse (avec une anaphore introductive, type « c’est l’histoire d’une femme qui… »), le propos est assez concluant, démontrant, un peu par l’absurde, le type de rôles auxquels sont cantonnées les comédiennes de cinéma. Et puis, progressivement, le spectacle semble se retourner contre lui-même, avec des mises en abyme un peu attendues, ou bien des tableaux insistant sur la chosification des femmes, sans pour autant offrir des éléments beaucoup plus intéressants à figurer pour les quatre comédiennes. Néanmoins, cela permet de revenir sur la notion de consentement, même à l’échelle d’une création artistique et de démontrer, par le récit d’une comédienne (Adèle Exarchopoulos, à propos de La Vie d’Adèle ?), la pertinence des coordinateurs d’intimité sur les plateaux de tournage.

Plus loin, lorsque la pièce se pose un peu, quand elle prend le temps de s’arrêter sur un film dans la durée, on retrouve une plus grande pertinence. Deux passages retiennent ainsi l’attention : la re-création de Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles et celle de la tétralogie Alien. Dans chacun des cas, les quatre comédiennes interprètent toutes Delphine Seyrig et Sigourney Weaver, tandis qu’une récitante narre l’histoire des films considérés, de manière plus ou moins condensée. Dans le premier cas, le spectateur peut, à l’instar du long-métrage de Chantal Akerman, faire l’expérience de la durée et de l’hyperréalisme et, dans le second, l’aspect grand-guignolesque des scénarios des quatre productions successives est largement mis en lumière, avec un humour certain.

Cette double évocation ouvre la voie à un final, consacré à une ouvreuse, dans un décor de hall de cinéma, dont on entend la voix raconter sa journée avec, sans grande surprise, un regard assez tendre sur ses spectateurs, un peu fasciné pour les comédiens, et divaguant volontiers en allant piocher quelques bribes de films dans une salle. La forme de mélancolie qui sourd de cette scène conclusive permet de quitter les lieux avec plein d’images dans la tête, et l’envie, malgré tout, de revoir plusieurs des films évoqués.

Autres dates :
  du 19 au 21 avril 2023 : Comédie - Reims

François Bousquet
le 13/03/2023

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