06/04/2023
Ateliers de Bitche,
Nantes
Ateliers de Bitche / Domotic / Festival Variations 2023 / Puce Mary / Tachycardie / Valentina Magaletti
Soirée la plus touffue des deux semaines de festival, la proposition de Variations, en ce jeudi soir, prenait également quelques libertés avec la ligne « piano et claviers » pour se tourner vers de l’électronique et du rock, couleurs assez raccord avec la programmation de ce plateau aux Ateliers de Bitche, lieu alternatif au public moins institutionnel que la veille au Lieu Unique.
Dans la foulée de son dernier album en date, tout juste publié chez Un Je Ne Sais Quoi, Domotic était chargé d’ouvrir les débats, en format « trio de synthés », pleinement approprié pour le registre suivi par le Français depuis quelque temps. De fait, son electronica se trouve dorénavant parée de reflets datés, un peu rétro-futuristes, que peut sublimer l’utilisation de claviers. Dans le trio, l’un se charge de la mélodie, l’autre des nappes et le troisième des rythmiques ; à cet endroit, saluons le fait que Stéphane Laporte, bien que placé au centre de la scène, laisse très souvent l’un de ses complices s’occuper des mélodies, ritournelles tenant sur quelques notes, assez brèves et rudimentaires.
Au reste, le set se signalait par le caractère plutôt bref des morceaux, dont certains auraient pu être davantage étirés sur la durée (tel le tubesque Morton (Pop Drums Version)) ou bien accueillir des rythmiques plus marquées. Le public, déjà très nombreux alors que la soirée débutait tout juste, accrochait d’ailleurs bien avec les titres les plus entraînants d’un set qui confirma la bonne forme du Français, et nous donna envie de nous pencher plus précisément sur son récent long-format.
Suivante sur scène, Puce Mary s’y tint seule, avec ses machines, pour un concert très dense et abrasif, fait de nappes sombres parcourues de coups plus sourds et autres apports électroniques. Compacte et resserrée, volontiers distordue et saturée, sa musique progressait assez peu, sinon en puissance et en volume, emplissant aisément tout l’espace sonore et emballant les spectateurs massés au pied de l’estrade. Frederikke Hoffmeier introduisit enfin des plages de synthé, pour se diriger vers un avant-dernier morceau passionnant, vertigineux par son énergie et la superposition de ses accords.
Flanqué d’Andrew Broder, chargé de l’électronique, Joe Rainey s’installa ensuite, pour une petite heure d’une prestation en chant pow-wow (!), donné sur des rythmiques et une électronique à fort volume. Quasi couché sur ses machines, son acolyte délivrait des instrumentaux servant de soutien au timbre de l’amérindien, pour un résultat plutôt surprenant et particulier dans ses premiers instants, mais qui tourna vite à la formule, répétée sans beaucoup de modifications.
Même sentiment avec le concert de Moin, formation chargée du moment autour de minuit. Le post-rock lourd du groupe était de ceux aux notes graves de guitare très marquées, à la batterie martiale (jouée par Valentina Magaletti) et au synthé saturé au possible. Le quatrième se chargeait de tisser, avec sa six-cordes électrique, quelques lignes surnageant dans ce fracas sonore.
Le public avait un peu déserté les Ateliers de Bitche quand Tachycardie prit place au pied de la scène, assis devant sa batterie sommaire. Une plaque de métal était posée sur ses percussions, qu’il frappait très vite et qui se trouvait repiquée par un micro reproduisant, avec retard et traitement, ce battement frénétique, dont la régularité n’était perturbée que par quelques temps plus appuyés. Un déluge de coups et de sons métalliques se fit, ainsi, entendre, avant que Jean-Baptiste Geoffroy n’ôta cet adjuvant pour découvrir toms, caisse claire et bongos, alors joués directement, la polyrythmie étant toujours de mise grâce au sampler. Des flûtes fines au son proche du kazoo ou des soucoupes et petits bols posés sur les peaux de ses fûts lui permirent de compléter son instrumentarium, et de renforcer l’inventivité d’une prestation à l’habileté recommandable. Pour la conclure, le Français disposa trois jouets devant lui, l’un frappant un bol, le deuxième une peau et le troisième juché sur ressort, autre manière de générer des rythmiques différentes.
le 11/04/2023