08/04/2023
Ateliers de Bitche,
Nantes
Ateliers de Bitche / Festival Variations 2023 / LEYA / Marina Herlop / Pointe Du Lac / Quentin Rollet
Après avoir fait une pause, sans concert, le vendredi, histoire de souffler un peu et de profiter de la côte Atlantique, retour aux Ateliers de Bitche pour la suite de la petite semaine dédiée au Festival Variations. Plus encore que la soirée de jeudi, celle de ce samedi soir était très orientée électronique et avait, de ce fait, drainé un public bien nombreux, d’autant plus que Claire Rousay et Marina Herlop, bénéficiant d’une presse louangeuse ces derniers mois, y donnaient leurs premières dates nantaises.
Au-delà de ces deux musiciennes non vues jusqu’alors, la présence de Pointe du Lac en ouverture de soirée nous avait également attirés, avec l’intégration de Quentin Rollet aux côtés du duo initial. Malheureusement, de gros problèmes techniques furent déplorés sur les claviers et machines de Julien Lheuillier, difficultés qu’il ne parvint pas à surmonter, ni à vraiment contourner. Le trio proposa, alors, des « approximations » (de leur propre aveu), débutée par plusieurs interventions en quasi-solo de Quentin Rollet, aux saxophones alto ou soprano, tout juste accompagné de crissement des cymbales, de notes de synthé modulaire de Richard Francés ou de perturbations venues d’un modulateur d’effets, manipulé par un Lheuillier désoeuvré.
Quand un semblant de connexion revint, ils s’essayèrent à des titres plus fournis, dans une veine krautrock lorsque la batterie de Francès s’engageait franchement, au soutien de mélodies circulaires. Le dernier titre, enfin, se concentrait sur le duo Francès-Lhuillier, questionnant alors sur la nature du projet et de la présence de Quentin Rollet. Quand on sait ce dont il est capable par ailleurs, on s’interrogea sur son intégration, mais peut-être était-ce purement circonstanciel, compte tenu des difficultés du soir.
Passée à Présences Électronique l’an passé et autrice d’un grand nombre de publications depuis trois ans, Claire Rousay est de retour en France, en compagnie du duo LEYA, vu au Lieu Unique en septembre dernier. Sur des interventions lancées de son laptop par la Texane, des samples captés çà et là ou bien quelques triturations, la harpe et le violon des membres de LEYA rajoutaient des éléments plus mélodiques. Plus expérimentaux, quelques apports furent créés par Rousay à base de canettes entrechoquées, de micro plongé dans un sac à dos et trifouillé, ou de bribes de chant assez faible sur fond de field recordings. Mais ces bonnes intentions se montraient insuffisamment exploitées, en raison de morceaux trop courts et d’une salle guère adaptée (bar trop proche, public debout et pas nécessairement très attentif).
Alors que Claire Rousay faisait montre d’une attitude un brin désintéressée par moments (lançant des boucles et buvant de la bière, se balançant d’un pied sur l’autre), le compagnonnage avec LEYA s’avéra perfectible. De fait, l’articulation méritait d’être améliorée entre l’électronique, le violon électrique et la voix d’Adam Markiewicz (passant sans difficulté du grave à la voix de tête), bien incorporés, et la harpe de Marilu Donovan, un peu posée là sans davantage de réflexion, avec même quelques notes graves disharmonieuses. Quelque chose est certainement possible, mais 1 + 2 ne font pas toujours 3, et pas forcément ce soir, ici. Peut-être, cependant, que le souvenir du set approximatif précédent rejaillit sur notre réception de celui-ci.
Face à un public majoritairement venu pour elle, Marina Herlop suivit sur scène, aux côtés d’une choriste et d’un batteur, tous trois habillés de manière particulière : robe blanche, festonnée et asymétrique, hautes bottes à talons et longues mitaines pour l’Espagnole ; tenue cuivrée et macarons dans les cheveux pour sa choriste ; longue tunique noire pour le batteur. Ces affublements, conjugués à des onomatopées, petits cris et mimiques nous génèrent pendant la première moitié de la petite heure de concert, nous empêchant d’accueillir cette électronique vocalisée.
Et puis, vers le milieu du set, la Catalane lâcha ses instruments, lança un instrumental au sampler, décrocha son micro HF et entreprit un dialogue avec sa choriste, pendant que le batteur retrouvait la batterie électronique, plus probante que l’acoustique. On entra alors pleinement dans leur prestation, moins maniérée et entrecoupée de morceaux dans lesquels Marina Herlop s’asseyait devant un grand clavier au son de piano, rappelant sa formation initiale. Fort bien reçu par les spectateurs, l’ensemble, pour le coup, trouva un terrain adapté avec la configuration de la salle, et l’heure avancée de ce samedi soir.
Pour clôturer ce plateau, Sébastien Forrester navigua d’une batterie à des machines et claviers, dans un registre assez bruitiste, aux rythmiques marquées, mais pas suffisamment singulier pour nous inciter à rester plus avant, laissant là les Ateliers de Bitche et le Festival Variations.
le 12/04/2023