09/04/2023
Lieu Unique,
Nantes
Parmi les personnalités historiques que le Festival Variations honorait cette année, Éliane Radigue n’était pas la moins connue, à la fois parce que la compositrice française est encore active, mais aussi puisqu’il s’agit d’une figure régulièrement saluée par d’autres manifestations, comme Présences Électronique. Pour ce dimanche, à l’heure de la sieste, le Lieu Unique proposait un « portrait », diptyque de morceaux écrits par la nonagénaire et interprétés par des musiciens contemporains.
Dans le Foyer Haut, au premier étage et face une bonne centaine de personnes, Rhodri Davies et Julia Eckhardt donnèrent, d’abord, Occam Delta XX. Tandis que le premier officiait à la harpe avec deux archets, la seconde était à l’alto, joué en « open tuning » (sans en pincer les cordes). Ces semblants de notes tenues étaient prenants et captivants, bien qu’un peu monotones et quasi-caricaturaux de la musique contemporaine. Un film d’Aura Satz, tourné en amont et projeté en fond de scène, documentait ce duo, par des gros plans sur les mains, les cordes et les archets, avec des effets de cadrage (Eckhardt apparaissait dans les cordes de la harpe), de mise au point progressive et d’ombres, dans une recherche formelle tout à fait appropriée pour servir les modulations de puissance des deux instrumentistes. Musicalement, Rhodri Davies vint chercher des notes de plus en plus graves, alors que Julia Eckhardt posa (enfin) ses doigts sur ses cordes, faisant prendre une harmonie certaine vers la fin du set.
Invité à passer dans la pièce voisine, le public y trouva un orgue « déstructuré », piloté par quatre claviers et de larges pédales : les tuyaux y étaient positionnés à même le sol (et non pas en étages, comme à l’accoutumée). Frédéric Blondy s’assit devant, pour y interpréter Occam XXV, écrite spécifiquement par Éliane Radigue pour un orgue et pour ce musicien. Sans véritablement jouer du clavier, il avait préféré disposer des morceaux de papier sur certaines touches, afin de les maintenir enfoncées. Cela lui permettait de se concentrer sur l’actionnement des potentiomètres, afin de créer des variations d’intensité, des formes d’oscillations, telles des petites vagues sonores qui viendraient se recouvrir l’une l’autre.
En adéquation, des ampoules à large filament et des spots éclairaient, avec variations, les tuyaux de l’instrument qui produisait un bourdon au son un peu lumineux, pas très loin du larsen ou du frottement entre deux hauteurs de notes dissonantes. Des sifflements se firent aussi entendre, dont on se demandait s’ils provenaient des tuyaux ou s’ils étaient d’origine électronique. Cet ensemble ne se montrait, enfin, pas du tout perturbé, plutôt rehaussé même, par des roulements des trains (les voies de chemin de fer longent le Lieu Unique, situé à quelques hectomètres de la Gare), manière de confirmer la richesse du propos.
le 13/04/2023