12/04/2023
Dynamo,
Pantin
Pour sa quarantième édition, le festival Banlieues Bleues maintint ses fondamentaux (riche programmation, découvertes et déambulation dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis) tout en renforçant l’éclectisme de ses plateaux, notamment par la programmation de deux grandes journées d’ouverture (en accès libre), tenues fin mars, avec cinq à sept concerts aux horizons étendus. Banlieues Bleues, c’est aussi une fidélité à certains artistes, comme Jan Bang, venu plusieurs fois (dont l’année dernière) dans le cadre d’un partenariat entre son festival Punkt et la manifestation sequano-dionysienne. En première partie de cette soirée, la Dynamo offrait au public, très nombreux en ce mercredi, une relecture de compositions d’Erik Satie par I K I R U.
Après une introduction constituée d’une présentation du projet et d’une lecture d’un texte de Satie, le duo français put enchaîner des premiers titres dans lesquels beaucoup de mélodies étaient doublées, jouées simultanément par le piano et le saxophone. Puis, la discussion se fit sur des territoires moins balisés, avec des envolées de l’instrument à vent, sur un ostinato de clavier, parfois aussi laissé en solo pour quelques notes aigues et détachées. Sur des structures souvent minimalistes, bien en phase avec l’écriture de Satie, I K I R U se signalait ainsi par une absence de démonstration et d’emphase, de brèves lignes mélodiques et de nombreuses respirations (entre chaque titre, mais aussi au sein d’un même morceau).
Le jeu ample et le son cotonneux du saxophone de Fabrice Theuillon trouvait alors son pendant dans le travail assez aérien et libre du piano à queue de Yvan Robilliard. Passé au MOOG pour jouer la ligne de basse d’un Prélude Flasque, ce dernier revint au piano pour un jeu rapide, imité par son comparse au saxophone, manière de donner un caractère antiphrastique à l’intitulé de cette création, faite de pas mal d’énergie, voire de fièvre dans ses soli.
Très entouré, Jan Bang prit place au piano, accompagné d’un quatuor servant efficacement le jazz vocal présenté ce soir puisque, et ce fut une belle découverte, le Norvégien officie également au chant, grâce à sa voix profonde, habilement soulignée par une forte réverbération. Suave, son interprétation pouvait être soutenue par Anneli Drecker sur certains refrains (Burgundy) ou par de simples vocalises. Toujours attaché à son principe de live sampling, Jan Bang conservait cette capacité à capter des sons en direct, à les travailler et à les réinjecter immédiatement, comme à se tenir au piano. À ses côtés, Eivind Aarset manipulait sa guitare électrique (gros travail au vibrato) et quelques effets, Anders Engen caressait sa batterie avec des balais ou de grosses mailloches feutrées, et Audun Erlien jouait d’une basse électrique demi-caisse.
Pinçant même les cordes de son instrument par moments, ce dernier orientait alors l’ensemble vers quelque chose d’un peu classieux, peut-être trop studieux, sentiment compensé par le travail d’Aarset (traitements réalisés en direct) et les nappes lancées par Jan Bang au laptop. En parallèle, les morceaux dans lesquels Anneli Drecker était au chant principal nous parurent plus impersonnels, pas si loin de quelque chose passe-partout, soft jazz, voire bande originale de film grand public. Une nouvelle fois, cette impression se trouvait contrebalancée par des propositions plus aventureuses, à l’image d’un duo entre le chant sans piano de Jan Bang et des petits coups portés par Eivind Aarset sur l’arrière du manche de sa six-cordes ou sur les bouts de cordes placées en amont de ses mécaniques.
Venu défendre un album à paraître en novembre prochain, écrit sur des paroles d’Erik Honoré, Bang témoigna, par ce geste, qu’une des forces de Banlieues Bleues, obtenue au long de ses quarante ans d’existence et de son attachement à certains musiciens, est de pouvoir présenter ainsi des projets inédits (c’était le premier concert de cette formation) et/ou très en amont de toute actualité discographique. Généreux dans son expression, avec un concert d’une heure et quart, le quintet alla chercher des accents americana par moments, dans les harmonies vocales, la guitare un peu bluesy d’Eivind Aarset ou les mélodies et paroles d’un titre comme Delia. Pour conclure la soirée, et saluer à nouveau Erik Honoré avec lequel il forme le groupe Dark Star Safari, Jan Bang proposa une reprise de Life Stand Still, témoignage des fortes complicités liées par ce musicien passionnant.
le 17/04/2023