(Hallow Ground / Import)
31/01/2023
Electronique

Suivi par le GRM qui l’avait accompagné pour la création de ce Mt. Hadamard National Park, Matthias Puech avait pu interpréter son œuvre en février 2019, lors du festival Présences. Le Français devait se produire à nouveau, en mars 2020, à Présences Électroniques, mais le Festival fut annulé en raison de la pandémie. C’est donc avec la publication de cet album qu’on découvre son travail, repéré par Hallow Ground après déjà des parutions sur des labels comme Hands in the Dark ou sur une compilation Wire Tapper en 2017.
Adepte d’une électro-acoustique croisée avec des field recordings, Matthias Puech documente ici une sorte d’utopie scientifique, par laquelle le physicien et mathématicien Jacques Hadamard aurait donné son nom à une montagne nord-américaine qu’il aurait parcourue. Gravissant cette montagne, le Français retranscrit cette ascension en captant ses bruits de pas, son souffle court et tous les bruissements que la nature peut offrir, et les mixant avec des apports purement électroniques. Assez probant, le résultat marie habilement ces deux veines, faisant même passer les grésillements synthétiques pour une marche dans la neige fraîche, ou bien combinant des pépiements d’oiseaux avec des tapotements réguliers aux fréquences aigues. À l’image de la pochette, gros plan sur la forêt qui peuple, censément, le « mont Hadamard », l’onirisme se fait ainsi très présent sur la première face d’un album publié dans un beau vinyle blanc (avec toujours ce soin apporté au support physique par le label de Lucerne).
Après cette grosse vingtaine de minutes pour le morceau-titre, la seconde face se décompose en deux pistes, dont la première poursuit ce dialogue savoureux entre électronique et acoustique, avec des sonorités aquatiques du plus bel effet (Suspension) et des sons aigus semblables à ceux que peuvent faire des insectes (Imperceptible Life). Au-delà de ce travail, Matthias Puech intègre aussi, sur le quart d’heure que dure ce dernier titre, les bruits qu’on fait en jouant avec un élastique tendu, et des frottements divers, comme un nouveau témoignage d’un alliage réussi entre travail rudimentaire et expérimentations plus sophistiquées.
le 09/05/2023