Sarah M.
Sarah M.
du 06/05/2023 au 21/05/2023
Théâtre de la Tempête,
Paris
Annoncée comme une fable, ou une variation, sur le thème du pouvoir et de la domination, Amnesia se situe dans un pays arabe non nommé, à une époque elle aussi indéterminée. Autour d’un roi, de son général et d’un certain Mehdi (une figure entre le lanceur d’alerte et la bonne conscience proche du peuple, défenseur de la terre et des agriculteurs), l’intrigue se tisse à la faveur d’allers et retours temporels, pas toujours très lisibles, impression que vient renforcer la scénographie d’ensemble. Avec son plateau sous-éclairé, ses rideaux de fils fins qui viennent structurer l’espace, ses volutes de fumée générées par de l’encens brûlé en direct et ses panneaux façon moucharabiehs, la scène se voit dotée de multiples filtres et mises à distance. Si cela confère assurément une certaine ambiance, un peu inquiétante ou atemporelle, cela peut aussi faire écran avec le spectateur, d’autant plus que la langue joue également dans ce registre.
Parfois grandiloquente, trop alambiquée et inutilement complexe, l’écriture de Sarah M. s’égare ainsi, à l’image (au hasard) des répliques clôturant la pièce : « Ils pourront tuer toutes les femmes et tous les hommes qui défendent la vie/Ils ne pourront jamais tuer la vie/Et le désir de vivre ». Dans ce contexte, la fable se fait trop appuyée, nous faisant penser que n’est pas dramaturge grec ou auteur des Lumières qui veut. Demeurent, pourtant, outre une plastique et des images cohérentes, quelques fragments plus pertinents, comme cette importance conférée aux mots, à la voix portée par Mehdi (dont un rapprochement avec Ben Barka est suggéré), voix que le roi ne veut pas (ou ne peut pas ?) entendre et préfère faire taire définitivement.
le 15/05/2023