(sound in silence / Import)
20/02/2023
Electronique

Electronica / Post-Rock / Ruxpin / sound in silence / Stafrænn Hákon
Avec ses sorties régulières et sa fidélité à quelques artistes, sound in silence constitue également une terre d’accueil pour des propositions un peu différentes ou bien des rencontres entre musiciens publiés sur le label grec. C’est ainsi que Ruxpin et Stafrænn Hákon, bien qu’Islandais tous deux, font paraître leur premier album en commun sur la structure d’Athènes, moyen également de prendre des nouvelles de projets un peu perdus de vue depuis une dizaine d’années. Qui dit « album en commun » pose inévitablement la question du résultat : mise en perspective des savoir-faire respectifs pour créer quelque chose de singulier par rapport aux univers individuels, ou bien juxtaposition assez basique des talents personnels des protagonistes ?
Sur Meet Me Forever, ce serait plutôt la première option que les Islandais paraissent avoir retenu, puisque l’electronica de Ruxpin, pour laquelle on avait un souvenir mitigé (trop marquée dans ses intentions, trop appuyée dans son déroulement), vient trouver un tempérament et de la profondeur avec le post-rock de Stafrænn Hákon, et peut même gagner en complexité au contact des lignes de guitare (l’emballant Footsteps ou, dans une moindre mesure, Dark Rift). Pour leur part, les instrumentaux de six-cordes progressent en densité et en coffre avec l’intégration de rythmiques (le travaillé Angeyja, le soutenu Reunited (If It’s What You Want) où le tempo vient bousculer le post-rock alangui) et samples vocaux.
Un peu ambivalents, ces derniers peuvent concourir à la réalisation de titres vraiment intéressants, à l’image de Cloud Surf 1985, aux tonalités un peu pastels, mais parcourus d’éléments plus granuleux et jouant habilement sur la stéréo, comme s’avérer de piètres adjuvants sur le faiblard Second Breath (chant féminin mis en boucle, tandis que l’instrumentation ronronne en arrière-plan) ou le caudal What We Need avec ses vocalises féminines extatiques. Précisément, légèrement enivrés par leur capacité à produire des morceaux concluants, Jónas Þór Guðmundsson et Ólafur Josephsson se laissent malencontreusement aller, un peu trop souvent, à des facilités, tel ce Delayed Goodbyes, à la rythmique binaire, au chant paresseux et à l’atmosphère émolliente, ou bien cet Offshore, jouant trop ouvertement sur le contraste entre les grésillements de Ruxpin et les arpèges de Stafrænn Hákon. À cet égard, la durée de Meet Me Forever (douze titres pour une heure de disque) joue un peu contre l’album, laissant penser qu’un tri plus serré aurait pu (du ?) être effectué entre les différentes compositions, mais l’ensemble mérite assurément une écoute (voire plusieurs).
le 30/05/2023