(ZamZamRec / Kuroneko)
03/03/2023
Electronique

À peine remis de WHAT ON EARTH (Que Diable), album d’Oiseaux-Tempête publié fin 2022, on retrouve déjà Frédéric D. Oberland pour une nouvelle station de son parcours en solitaire. Cette proximité de dates est rendue possible car il s’agit, en fait, ici, de la retranscription d’une captation d’un concert donné à Petit Bain en novembre 2021, à laquelle un titre final a été rajouté, saisi au Marché des Bouchers de Gabes (en Tunisie). Sans avoir assisté à ce live, on se souvient d’une très bonne prestation du Français, en 2019 au Festival Sulfure, dans un registre de synthèse granulaire auquel il ne nous avait pas habitués. Pour son set à Petit Bain, c’est plutôt dans sa veine free qu’il avait opéré, mélange de divers synthétiseurs, de textures grenues et de saxophone alto joué en direct.
Le principe même d’un tel disque appelle une écoute linéaire, respectueuse de la setlist pensé par le musicien lors de son concert. C’est ainsi que l’ouverture (Panspermia / Pneuma), longue de treize minutes, nous plonge, d’entrée, dans un magma travaillé et capiteux, parcouru par la voix de Stephen Hawkins qui évoque un « worst case scenario » peu emballant, tandis que les couches granuleuses emplissent progressivement l’espace sonore. Ainsi installé, l’auditeur est à même d’être mis face à quelques à-coups et superpositions de montées de synthé, rejoints par des envolées du saxophone.
La force et l’énergie qui transpirent de la quarantaine de minutes de ce concert se trouvent alors décuplées par la capacité de Frédéric D. Oberland à combiner habilement apports de ses multiples synthétiseurs et notes free en provenance de son instrument à vent, si bien qu’on ne finit plus forcément par distinguer, à la simple oreille, quoi provient de quoi. Alors que le risque d’un trop-plein sonore n’est jamais très loin (la seconde moitié de Worst Case Scenario, par exemple), on se surprend, alors à secouer la tête, comme enivré par la musique du Français, plutôt qu’à regretter quelque chose de trop saturé.
La transition s’opère sans peine avec l’enregistrement tunisien, où une zoukra (sorte de cornemuse) et des percussions, jouées par le Awled Fayala Trio, viennent cohabiter avec Oberland, dont les accointances avec les musiques méditerranéennes sont connues de longue date, et largement éprouvées au fil des sorties d’Oiseaux-Tempête. Là encore, le risque de l’aspect « fanfare débridée » se trouve contourné par une seconde partie de morceau, apparemment retravaillée en post-production, dans laquelle le Parisien traite et triture ces sources primaires, dans un long fade out.
le 07/06/2023