03/06/2023
Maison Folie Moulins,
Lille
Si sa carrière discographique continue d’être attentivement suivie sur nos pages, cela faisait plus de dix ans qu’un concert de Sylvain Chauveau n’avait pas été recensé ici, le musicien étant devenu rare sur les scènes franciliennes. Un week-end à Lille fut l’occasion de le retrouver, à la faveur de sa présence, à l’heure de l’apéritif, à la Maison Folie Moulins, dans le cadre de « Rendez-vous au Jardin », manifestation destinée à valoriser les espaces verts pour y tenir différentes propositions. Au reste, l’horaire et le format en extérieur convenaient parfaitement à l’offre musicale puisque le Français se trouvait au cœur d’une tournée « zéro carbone », en compagnie du Belge Manu Louis. Avec leur objectif de limitation de l’empreinte laissée, les deux musiciens se déplaçaient, en effet, à vélo (Belgique et Lille étaient au programme), pour des sets sans électricité (guitare acoustique, percussions, harmonium, mélodica), sans micro et sans éclairage.
Après avoir expliqué le concept de cette suite de dates, Sylvain Chauveau indiqua au public que ses productions se distinguent, d’ordinaire, par un travail d’enregistrement assez fin, rendant l’exercice un peu périlleux et l’écoute attentive nécessaire. Armé de sa guitare acoustique, jouée en arpèges dans les notes aigues, le Français eut du mal à se faire entendre de la quarantaine de personnes présentes. Prenant alors le parti de se déplacer, dans un élan de générosité, il se faufila entre les rangs ou s’assit sur le bord de l’estrade. Ses instrumentaux de six-cordes laissèrent, ensuite, place à l’harmonium, dont le soufflet actionné conduisit à de subtiles oscillations.
Adepte des reprises de morceaux pop-rock (on a encore en mémoire sa relecture du Running Up That Hill de Kate Bush, bien bien longtemps avant que le tube ne redevienne à la mode, du fait de Stranger Things), Sylvain Chauveau s’essaya à The Ghost of Tom Joad de Bruce Springsteen, accompagné de son seul harmonica, avant de s’emparer de son mélodica, pour déambuler parmi les bancs de bois du public, en tenant le même accord à quatre notes.
Place, après une courte pause, à son compagnon de route, très disert sur les conditions d’interprétation ou la contextualisation de ses chansons, petites structures très narratives (histoires d’un gars qui veut attaquer les agences de notation, un qui rencontre sa belle-famille…). Pour traduire, dans ce format « sans électricité », celles-ci, Manu Louis usait, lui aussi, de sa guitare acoustique, mais alternait entre accords pincés et jeu au médiator, permettant de donner une plus grande ampleur à ses attaques, au bonheur des petites filles qui étaient assises au premier rang. Explorant d’autres formes instrumentales, il se saisit de mini-bongos ou frappait simplement son torse (façon « beat box rudimentaire ») dans un exercice de style plutôt sympathique.
le 12/06/2023