(Temporary Residence Ltd / Modulor)
12/05/2023
Electronique

Ambient / Eluvium / Martin Eden / Matthew Cooper / Néo-Classique / Temporary Residence Ltd
Dans les années 2000 et 2010, Eluvium faisait partie de nos musiciens fétiches : tous ses disques étaient chroniqués sur ces pages avec un enthousiasme débordant, ses tournées étaient guettées pour voir si, d’aventure, un passage en France était programmé, ses projets parallèles faisaient l’objet d’écoutes attentives. Depuis 2016, l’États-Unien n’a pas forcément réduit son rythme de parution (quasiment un long-format par an, en moyenne), et nous réécoutons régulièrement ses productions passées, ou son Pianoworks sorti en 2019, mais nous n’avions pas pris le temps de recenser ses travaux sur nos pages. La publication d’un nouvel album, largement enregistré avec des cordes et autres instruments symphoniques (sont à la manœuvre l’ensemble ACME ou le Budapest Scoring Orchestra), permet de documenter le chemin parcouru depuis, et de constater que ces présences conduisent Matthew Cooper à tendre vers une sorte d’efficacité.
De fait, plutôt que ses nappes progressivement installées, ses couches minutieusement superposées, on se trouve face à un violon un peu primesautier (le début de Swift Automatons), à des cuivres qui installent un arrière-plan assez présent, afin d’aller rapidement chercher l’émotion chez l’auditeur. Pour Eluvium, une telle quête n’a jamais été masquée, et on se souvient avoir eu presque les larmes aux yeux à l’écoute de tel ou tel morceau passé du musicien, mais, comme chez d’autres artistes, ce jeu rapide du violon en montées de gammes (Vibration Consensus Reality (For Spectral Multiband Resonator), The Violet Light), ces dialogues avec le piano ou ces vocalises féminines (Void Manifest) frôlent un peu trop le démonstratif.
La profondeur que sait créer Matthew Cooper ne s’est, néanmoins, pas égarée en cours de route ; en témoigne le beau Scatterbrains, dans lequel la clarinette basse de Jonathan Sielaff sait se faire ample et pénétrante. Même sentiment quand le piano de Cooper intervient en solo sur A Floating World Of Demons. Et, même une piste plus instrumentée comme Endless Flower, avec son registre voisin d’un post-rock islandais, combine intelligemment clavier ouaté et reste de l’orchestration. Au total, (Whirring Marvels In) Consensus Reality agit possiblement davantage comme un disque de compositeur, voire de chef d’orchestre, que comme celui d’un musicien au sens strict du terme. Dirigé et enregistré par visioconférence pendant les différents confinements, cet album constituait certainement une envie d’Eluvium, qu’il a bien fait de réaliser et pour laquelle il n’a rien à regretter, même si nous n’y trouvons pas forcément complètement notre compte.
le 21/07/2023