du 12/04/2023 au 28/08/2023
Centre Pompidou,
Paris
Parfois un peu factice ou forcé, le rapprochement entre deux artistes trouve, avec cette exposition présentée dans la Galerie du Musée et la Galerie d’Art Graphique du Centre Pompidou, une véritable légitimité puisque Lynne Cohen et Marina Gadonneix avaient entamé une correspondance quelques mois avant le décès de la première. Intéressée par son travail, la seconde, plus jeune d’une trentaine d’années, avait contacté son aînée pour des échanges et réflexions partagées, dont le parcours se veut une prolongation.
Plutôt que de jouer la juxtaposition et les effets immédiats d’écho, le parcours présente, l’un après l’autre, le travail des deux plasticiennes. Charge au visiteur de trouver les résonances qu’il souhaite, et les possibles parentés entre les deux gestes. Allons-y, donc, pour constater que chacune d’elles aspirent à documenter ce qui est là, mais aussi ce qui n’est pas là ou plus là. La forme très naturaliste des Classrooms et Showrooms de Lynne Cohen (intérieurs meublés, lumière apparemment naturelle, absence d’ajout, intitulés des clichés très descriptifs) laisse ainsi apparaître, en creux, l’absence systématique de personnes humaines, hormis les silhouettes et mannequins qui peuplent certains lieux-témoins. Pour sa part, la Française s’est rendue sur des lieux après des tremblements de terre ou bien dans des musées une fois les œuvres décrochées, et rend compte de ces vides, délibérés ou non. Ici encore, c’est l’absence qui frappe et, avec, une forme de paradoxe commun aux deux photographes : tous ces espaces ont été construits et aménagés par et pour des humains, mais aucun humain n’y apparaît. Ces espaces se trouvent, ainsi, pleinement mis en majesté, relevés par les larges cadres noirs et grand passepartouts blancs qui rehaussent le noir et blanc des pièces de Cohen.
Au-delà de ce travail sur ce qu’il y a pu avoir avant, sur ce décalage avec la pratique de la photo documentaire, Marina Gadonneix peut aussi s’attacher à ce qu’il y aura après, lorsqu’elle capte des intérieurs de studio de télévision ou de cinéma, saisis comme des paysages, avec leurs fonds verts destinés à être remplacés par des arrières plans autres, grâce aux effets spéciaux. Plus encore, elle peut pousser son travail vers l’abstraction et une approche plus scientifique quand elle tente de reproduire, en photographie, une aurore boréale.
le 17/08/2023