(Kranky / Modulor)
07/07/2023
Rock

Fidèle au synthé avec lequel elle avait composé et livré son premier album, il y a près de cinq ans, déjà sur Kranky, Saloli en fait néanmoins évoluer le rendu. Après l’avoir fait sonner comme assez aquatique sur The Deep End, il intervient, ici, de manière beaucoup plus directe, simplement agrémenté d’une pédale de delay. Il en résulte une quarantaine de minutes assez aérienne, mais aussi très ancrée dans la terre, celle qu’arpente l’ours qui orne la pochette (peinture réalisée par le père, Cherokee, de la musicienne) et dont il s’agit de documenter une journée-type dans les montagnes.
À l’inverse du caractère massif qu’on associerait, un peu paresseusement, à l’animal, certaines pistes se font beaucoup plus légères (petite mélodie de Yona sur fonds d’arpège) ou plus rêveuses (Full Moon), tandis qu’à nouveau, l’États-Unienne sait faire sonner autrement son clavier (Nighthawk où on croit être face à un harmonium ou un harmonica, agrémentés de grésillements). En toute hypothèse, et plus encore que le souvenir qu’on avait de The Deep End, le travail de Saloli présente davantage de variété, et opère dans un intéressant entre-deux, au croisement de l’ambient et du psyché.
Enfin, il faut également souligner la construction du disque de Mary Sutton, dont les pistes s’allongent progressivement, en même temps que les sonorités s’enrichissent et se complexifient. Tout cela conduit au caudal Sunrise, fin des 24h de l’ours, et sorte de synthèse de toutes les qualités déployées précédemment, avec sa superposition de lignes de synthé, son aspect doucement vertigineux et son ampleur ciselée.
le 21/09/2023