du 11/06/2023 au 27/08/2023
Fondation Beyeler,
Riehen
De Basquiat, on pensait connaître pas mal de choses, tant la figure de l’artiste new-yorkais est un peu partout, de rétrospectives personnelles en expositions croisées (celle avec Warhol, donnée ces derniers mois à la Fondation Louis-Vuitton), de produits dérivés en tout genre en propositions thématisées (la dénommée Basquiat Soundtracks présentée à la Philharmonie de Paris jusqu’en juillet). Mais la Fondation Beyeler, située à Riehen, à quelques encablures de tram du centre de Bâle, a réussi à réunir les huit toiles formant les Modena Paintings, réalisées par le New-Yorkais à l’été 1982, à l’invitation du galeriste Emilio Mazzoli, dans sa ville de Modène.
Placées en majesté dans les vastes espaces du bâtiment créé par Renzo Piano, ces peintures se trouvent, en effet, pour la première fois exposées ensemble, dans la plénitude de leurs quatre à cinq mètres de large, et avec le recul nécessaire pour embrasser pleinement ces toiles. Le geste de l’États-Unien se fait vite familier, avec ses personnages très expressifs et tracés à gros trait, la présence de mots et symboles disséminés sur la toile et la superposition de différents registres (peinture traditionnelle, intervention à la bombe, graff). Sur le fond, le diptyque Untitled (Angel) / Untitled (Devil) fait son effet, avec l’auréole du premier et les coulures de peintures qui recouvrent le visage du second. De même, le lien avec les origines caribéennes de Jean-Michel Basquiat, via la figure de Baron Samedi, présente dans The Guit Of Gold Teeth, marque le parcours du plasticien.
Mais, à la différence de la majeure partie de son œuvre, cette série nous a paru manquer de propos politique. Sans attendre forcément une posture systématiquement revendicatrice ou militante de la part du New-Yorkais, ces huit toiles donnent presque l’impression d’avoir été réalisées dans un environnement complètement décontextualisé, comme si l’invitation du galeriste et l’atmosphère du nord de l’Italie avaient conditionné celui qui, après coup, exprima le mal-être ressenti lors de cette mini-résidence. Certes Boy And Dog In A Johnnypump montre-t-elle un garçon afro-américain avec son chien sous la torpeur estivale, livrée à la rue (et aux jets des bouches à incendie, surnommées « Johnnypump »), et quelques références au racisme latent se trouvent-elles ailleurs, mais cela fait un peu court dans cet ensemble.
le 06/09/2023