Jazz à la Villette 2023 : Moby Duck / Pomme de terre

 date du concert

08/09/2023

 salle

Dynamo,
Pantin

 tags

Dynamo

 liens

Dynamo

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En marge de sa programmation régulière, Jazz à la Villette livre également une offre « off », avec les « Afters » à la Petite Halle ou bien « Under The Radar » dans des lieux aux jauges plus réduites que celles de la Philharmonie ou de la Grande Halle : Dynamo, Atelier du Plateau, Villette Makerz. Dévolues à des propositions plus expérimentales, ces dates permettent d’aller fureter sur des terres aux confins du genre défendu par le festival parisien. En cette soirée d’ouverture de la Coupe du Monde de Rugby (et de son match France-Nouvelle Zélande, remporté par les Bleus), la Dynamo était au tiers remplie pour voir deux groupes français, et… clôturer par la même occasion la programmation automnale d’une salle qui, au-delà des deux soirs dédiés à « Under The Radar » a fait l’impasse sur cette partie de sa saison afin de maintenir son équilibre financier global.

Moby Duck

Sans rien connaître des deux formations, hors le descriptif lu sur le site du festival, on imaginait bien que le plateau allait laisser grande place à l’improvisation et aux recherches sonores. L’instrumentarium de Moby Duck, sextet chargé d’ouvrir la soirée, traduisit cela avec la présence d’une harpe électrique et d’une flûte traversière, en plus du clavier, de la basse électrique et de la batterie. Le groupe français débuta son set en faisant honneur à son nom, Mélanie Fossier reprenant, au chant, une comptine au sujet d’un grand canard. Ses interventions prirent ensuite un tout autre, avec onomatopées, bribes vocales, roulements de langue, petits cris et bruits d’oiseaux, tous raccords avec la basse de Frederick Galiay, jouée très rapidement, et la flûte de Delphine Joussein, souvent détimbrée et travaillée uniquement par le biais du souffle de l’instrumentiste.

Dans un ensemble très free, voire bruitiste, on releva favorablement quelques dépassements de fonction : cordes de basse actionnées par une petite cymbale, harpe électrique jouée par Rafaëlle Rinaudo telle une basse, rhodes de Xavier Camarasa capable de quitter ses accents saturés pour un jeu plus traditionnel et ouaté, batterie de Ianik Tallet affublée de boîtes de conserve ou chaîne métallique. Sur l’heure de concert, néanmoins, Moby Duck déploya possiblement trop de syncopes et d’à-coups, nous donnant diablement envie d’un peu de liaison et de suavité au bout d’un moment, même si le parti pris initial fut assurément tenu.

Pomme de Terre

Place, ensuite, à Pomme de Terre, formation constituée autour du trompettiste Aymeric Avice avec deux guitaristes et un batteur, tous quatre adoptant une posture très « rock » : tout de noir vêtus, les cheveux (mi-)longs, et les jambes arquées pour ceux qui tenaient des six-cordes électriques. Après plusieurs mesures assez amples d’une trompette quasi-aérienne, les enchaînements furent cohérents avec cette posture : guitares saturées, batterie d’Étienne Ziemniak à l’avenant et déluge sonore. Tandis qu’une des guitares opérait en tapping, l’autre lacérait d’accords distordus l’espace sonore, pour une prestation, donnée en continu, sans interruption, et faisant largement place à l’improvisation. Des passages de calme relatif étaient quand même conservés, avec la trompette qui reprenait ses envolées pendant que Richard Comte et Niels Mestre tricotaient un petit peu trop, entre jeu à la guitar hero et accompagnement légèrement mis en sourdine.

François Bousquet
le 12/09/2023