du 21/05/2023 au 17/09/2023
Fondation Beyeler,
Riehen
Installée dans la moitié du rez-de-chaussée de la Fondation Beyeler, Doris Salcedo y trouve suffisamment de place pour disposer ses grandes installations, et servir alors son propos attaché aux conflits et autres événements dramatiques des dernières années, singulièrement en Amérique Latine. Pour ce faire, la Colombienne superpose, par exemple, des cadres de lit métalliques, des armoires, des chemises ou des tables en bois, dans des empilements qui, naturellement, interrogent sur l’absence de corps sur les lits ou dans les chemises, ou de vêtements dans les armoires. Les disparus (à la suite de massacres de travailleurs sur une plantation en Colombie, dans des guerres de gangs à Los Angeles ou dans la violence urbaine de Chicago) hantent alors ce parcours, que la plasticienne n’a pas voulu trop morbide : de l’herbe parvient à pousser au milieu des cadres de lits, des pétales de rose sont reliés entre eux par du fil chirurgical dans un geste assez gracieux.
Mais, assez vite, l’ensemble prend des atours un peu plombés, comme si le propos était asséné et empesé, à l’image de ces niches percées dans le mur pour y accueillir des paires de chaussures et fermées par des pellicules de peaux qui apporte une coloration jaunie à ces alcôves. Comme le démonstratif guette aussi Doris Salcedo, on finit par être lassé par cette accumulation insistante qui, comme souvent, dessert les intentions en martelant le message. Et puis arrive Palimpsest, installé dans la plus grande salle de la Fondation, vide au premier coup d’œil mais, en fait, recouverte de sable et irrigué par un réseau souterrain permettant de former des noms en gouttelettes d’eau. Séchant avec la température ambiante, ces patronymes sont ensuite remplacés par d’autres, dans un mouvement d’apparition et de disparition aussi poignant qu’ingénieux. Dédiée à tous ces migrants morts en voulant rejoindre l’Europe, Palimpsest peut, chose peu commune dans ce type d’exposition, se traverser afin de se mettre au milieu de ces noms, souvenirs de personnes emportées par leurs rêves d’ailleurs. Minimale dans son expression, mais maximale dans l’émotion qu’elle suscite, cette pièce justifie, à elle seule, cette monographie.
le 11/09/2023