Ignatz / Marcia Bassett & Sergej Vutuc / Ève Aboulkheir

 date du concert

10/10/2023

 salle

Treize,
Paris

 tags

Ève Aboulkheir / Ignatz / Le Non_Jazz / Treize

 liens

Le Non_Jazz
Ignatz
Treize

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Jamais une durée aussi longue n’avait été laissée passer, sur ces pages, entre deux concerts du Non_Jazz. Plusieurs confinements ont, certes, eu lieu depuis mai 2019 et une date donnée à l’Armony de Montreuil, mais cela n’explique pas tout, puisque la structure francilienne a repris sa programmation depuis. Nos préférences, comme notre disponibilité, ont possiblement évolué, mais nous continuons de scruter leurs événements, attendant une occasion pour reprendre le cours de notre compagnonnage. Une date à Treize, un mardi soir d’été indien (terrasses remplies, atmosphère douce), constituait une bonne opportunité, avec plusieurs artistes reliés au label KRAAK.

Ève Aboulkheir

Venue présenter un album à paraître quinze jours plus tard, sur le label belge, Ève Aboulkheir ouvrit la soirée à 20h30 précises, avec de simples souffles, rejoints par des glitchs et quelques touches lumineuses. Des rythmiques fines et pointillistes, de petits à-coups et une atmosphère presqu’onirique furent, ensuite, déployés par la jeune femme. Exposant une panoplie assez vaste d’éléments micro-électroniques, la Française ne céda pourtant pas au « tout-collage », ou à un versant trop expérimental. À rebours, elle témoigna d’une vraie sensibilité électroacoustique et d’une belle incarnation tout au long de ses quarante-cinq minutes de concert, et nonobstant son aspect un peu mutique et figé, assise derrière son laptop. Des vagues de crescendo sonore emplirent l’espace, avec des filtres légèrement saturés posés sur ses souffles, pour un résultat qui pourra tout à fait être prolongé en mai prochain, pour une prestation à venir à la Maison de la Radio, dans le cadre d’une soirée Akousma du GRM.

Pendant l’intervalle entre deux sets, un drap fut tendu, séparant en deux la salle de la galerie, fort remplie pour cette soirée. Destiné à accueillir les vidéos diffusées par Sergej Vutuc, cette tenture servit de support à des films issus de deux projecteurs Super 8 : l’un à l’image quasi-fixe, avec lumière rouge et image un peu troublée, l’autre avec plusieurs pellicules, et des vues semblables à des globules se mouvant dans du liquide visqueux. Passant sa main ou un verre devant ce rai de lumière, le vidéaste perturbait encore plus la vision, conférant un aspect fragmenté très en phase avec la musique de Marcia Bassett. Figure d’une sorte de psychédélisme électronique états-unien, membre de nombreux groupes (Hototogisu, Zaimph, Double Leopards, GHQ...), la New-Yorkaise était assise en tailleur au sol, avec ses machines devant elle et un projecteur pointé, en biais, vers le plafond. Enchaînant des collages très sonores et saturés, parcours de composants plus métalliques, l’Étatsunienne y ajoutait sa voix ou une petite flûte, jouée dans un micro doté d’effets. Progressivement, l’ensemble monta en puissance, pour finir dans un quasi-déluge sonore.

Ignatz

Moins massif, Ignatz était chargé de clôturer la soirée. Compagnon de route de Marcia Bassett pour sa tournée européenne, le Belge livra un concert dans la droite ligne de celui vu il y a sept ans, à Nantes, dans le cadre du Festival Soy : guitare-voix, avec une forte réverbération sur son chant et une absence d’articulation sur la majeure partie de ses titres. Moins monotone qu’à l’époque, sa prestation de ce soir bénéficia du fait qu’il opérait sur une guitare électrique, affublée d’un capodastre (situé entre la quatrième et la sixième case, suivant les morceaux), apportant une tonalité générale aigue. Combinée aux réglages de son ampli, celle-ci donna un aspect très métallique à son instrument, le faisant sonner comme une guitare à résonateur. Raccord avec l’americana proposée par Bram Devens, ce positionnement stylistique put paraître, cependant, un peu agressif aux oreilles et trop marqué. Alors que la grande partie de son set fut donné en finger-picking (alternant arpèges, accords pincés ou grattés), il utilisa un médiator pour les deux derniers titres avant le rappel, débouchant sur un résultat plus psyché, pour des titres totalement instrumentaux, avec six-cordes grattée et notes enfilées prestement.

François Bousquet
le 13/10/2023

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