22/10/2023
Pannonica,
Nantes
À l’heure du thé, en ce dimanche pluvieux d’ouverture de congés scolaires, le Pannonica proposait un double plateau avec des musiciens en solo, suivis de ces pages, et pour lesquels le déplacement dans la salle nantaise se justifiait amplement. Au milieu d’un public à la fois familial (quelques jeunes adolescents accompagnaient leurs parents) et très âgé (des mamies que le programme décontenança légèrement), on prit place sur l’une des chaises bordées de tables rondes.
Seule escale française de sa tournée européenne, Nantes accueillit donc Clarice Jensen, venue présenter son dernier album en date, publié il y a un an presque jour pour jour. Progressant à chaque disque, la New-Yorkaise livra un set d’une quarantaine de minutes, interprétée sans interruption aucune, tout de noir vêtue (robe courte, collants et chaussures), en accord avec sa sombre chevelure frisée. Des aplats longs de violoncelle et des coups plus secs alternèrent, assortis d’un gros travail à la pédale et aux potentiomètres, afin de superposer ces interventions. L’air se chargea progressivement, quelques saturations firent leur entrée et des notes aigues, semblables à des vocalises, purent se faire entendre.
Placée en front d’une scène au fond de laquelle des vidéos étaient diffusées (sortes de méduses opaques placées dans un liquide blanc, coulées de lave numérique, fumées), malheureusement masquées au tiers par le piano à queue déjà présent sur l’estrade, l’Étatsunienne amena son public vers un dernier titre sublime. Le fond sonore se calma, ses notes gagnèrent en liant, les lignes devinrent plus mélodiques et l’atmosphère gagna en ampleur. Enfin, furent introduits des bruits captés dans la rue, entre bribes de conversations, souffles et sons urbains, impeccables contrepoints du violoncelle.
Un quart d’heure après, et alors que le piano à queue avait été ouvert et avancé sur le devant, on retrouva Melaine Dalibert sept mois après l’avoir vu à Paris. Moins centrée sur Magic Square que le concert donné dans le cadre du « Piano Day », cette prestation débuta par le triptyque enchaîné Austral, Shimmering et Ending Piece. Allant d’un travail répétitif à la main droite sur les octaves, à des attaques plus franches, presque martiales, en passant par des arpèges mélodiques, le Rennais offrit une bonne entrée en matière dans son univers. Après Choral et Six + Six, ce fut le moment d’une reprise d’un morceau japonais, tout aussi minimal que certaines de ses propres compositions, mais avec des effets proches de la musique concrète.
Cela permit de glisser vers le dernier titre, long de quinze minutes, débuté de manière atonale tout en haut du piano. Descendant son clavier, Melaine Dalibert ajoutait progressivement des notes aux accords joués en double-croche par des doigts crispés sur les touches et des poignets beaucoup plus cassés que pendant le reste du concert. Cette forme sérielle chercha presqu’à tester la résistance de son auditoire, par cet exercice de musique savante et contemporaine. Cela créait aussi une pulsation, qui emporta le pianiste lui-même, accélérant son tempo et accentuant son toucher pour faire monter le volume. En rappel, retour à des climats moins fiévreux avec A Song, hommage à Ryuichi Sakamoto et unique extrait de Magic Square, belle manière d’appréhender la sortie vers la nuit tombante.
le 23/10/2023