Héron Cendré / NÂR

 date du concert

27/10/2023

 salle

Café de Paris,
Paris

 tags

Café de Paris / Manu Louis

 liens

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Avec sa salle « cabaret » au rez-de-chaussée (grands miroirs sur le côté, estrade dotée de rideaux, banquettes le long des murs) et sa salle « club » au sous-sol, le Café de Paris est un lieu bien repéré des amateurs de concerts au pied de Ménilmontant. Après quelques déboires ces dernières semaines, l’équipe de programmation peut, à présent, retrouver un rythme plus régulier, et profiter pleinement de l’espace principal, suffisamment grand pour accueillir diverses propositions, comme en ce vendredi soir pluvieux.

NÂR

Peu avant 21h, c’est NÂR qui était chargée d’ouvrir la soirée, pour un concert d’une heure, organisé en quatre morceaux au séquençage assez similaire. Leur mise en place débutait par des frappes de la Libanaise installée en Suisse, à l’aide de tiges fines, sur des petites percussions métalliques (assiettes, cloches) afin de créer une simili-rythmique, rejointe ensuite par des coups sourds, puis un chant en arabe. Tout cela était samplé en direct, et des saturations étaient ajoutées, en même temps qu’un travail sur les effets. S’agenouillant régulièrement pour manipuler ses nombreuses pédales, Nadia Daou pouvait aussi les actionner avec ses chaussures à grosses semelles, dans une posture assez rock, soulignée par sa tenue sombre.

L’ensemble se montrait à la fois un peu dansant (le premier rang du public ne s’y trompa pas), mais aussi inquiétant, sombre et expérimental. Comme avec d’autres formations du Proche-Orient, le poids de l’histoire et du contexte de cette région transpira, ainsi, des compositions de NÂR qui, d’ailleurs, appela, en fin de concert, à une pensée pour le peuple palestinien en ces temps troublés. Quelques phrases chantées pouvaient, cependant, être trop troncaturées, tandis que la distorsion était possiblement parfois trop poussée, perdant un peu un propos trop étiré sur le troisième des quatre longs morceaux du set. Cela nous fit également remarquer que son positionnement, en début de plateau, n’était pas nécessairement le meilleur, bien que la salle fût correctement remplie. Néanmoins, les attentes mises en ce concert furent satisfaites, par une proposition habitée et riche.

Manu Louis

Quelques mois après l’avoir vu en configuration « zéro carbone » à Lille, en compagnie de Sylvain Chauveau, c’est pour la sortie de son nouvel album que Manu Louis était à Paris, pour une prestation donnée en peignoir et baskets, suite de chansons électro-pop en anglais et français. Ceint de sa guitare électrique sans tête, le Belge donnait des soli, façon guitar hero, ou bien jouait quelques lignes mélodiques sur son mini-clavier MIDI. Dans son dos, des projections très pixélisées ou sommaires se succédaient. Tout cela se voulait certainement au second degré, mais on resta au seuil de cette performance d’un garçon pourtant plutôt sympathique, mais qui se complut dans ce rôle de zébulon décalé et monté sur ressorts, alors que nous avions en tête le format plus dépouillé donné en juin dernier.

Héron Cendré

Enfin, vers 23h30, ce fut le tour d’Héron Cendré, assis au milieu de ses instruments (synthé analogique, synthé et machines diverses) et accompagné d’un carrousel de peluches, niché dans le creux du meuble bas servant de support à son clavier. Cette esthétique se montra pleinement cohérente avec la musique servie par le Rennais, cette électronique un peu lo-fi et bricolée, aux lignes mélodiques assez pauvres, aux consonances datées, affublées de rythmiques convoquant des atours (rétro-)futuristes ou des sons parfois dégoulinants. L’ensemble, assez plaisant, se positionnait entre 8-bit et analogique, un peu sautillant tout en se montrant rudimentaire et donnant l’impression d’être improvisé (la tête légèrement ahurie de Grégory Hairon, comme la survenue d’effets pas toujours escomptés, accréditaient cette thèse). Pour clôturer sa prestation, le Français livra une version relue du générique de Thalassa, confirmant cette forme de regard arrière tendre qu’on avait décelé pendant cette quarantaine de minutes.

François Bousquet
le 07/11/2023

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