du 12/09/2023 au 28/10/2023
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Partie d’un dialogue entre Pascale Ogier et Jacques Derrida, dans lequel la question du titre est posée, l’exposition du Prix de la Fondation Ricard trace globalement bien cette ligne liée aux fantômes, à ce qui est masqué et/ou qui apparaît la nuit. Sur les six artistes présentés (un nombre raisonnable, que le lieu parisien semble vouloir conserver comme étiage pour sa sélection annuelle) après avoir été choisis par la commissaire Fernanda Brenner, la plupart proposent des œuvres pouvant être reliées, sans trop de difficulté, à cette thématique.
Avec ses demi-cylindres noirs, dont la face bombée et pleine se donne à voir en premier, Sophie Bonnet-Pourpet invite ainsi le visiteur à faire le tour de ses installations, pour découvrir, masqués dans le creux de ces modules, divers petits objets, tout aussi noirs (Insomnie Consentie et Laveur de Savon). Fidèle à ses teintes lilas, violines et pastels, Anne Bourse offre des petites maquettes, posées à même le sol ou sur de bas piédestaux, destinées à figurer des espaces nocturnes (boîtes de nuit, couloirs d’hôtel). Enfin, attachée également à ce qui se passe la nuit, Ana Vaz (dont on avait vu, l’an passé, le film É Noite na América, documentaire sur les animaux la nuit, aux abords des grandes villes) a fait le lien avec la Gare Saint-Lazare, voisine immédiate de la Fondation Ricard. Interrogeant des travailleurs du rail, ou bien montrant des images de maintenance nocturne, la réalisatrice donne voix et corps à ceux qu’on ne voit que trop rarement. Servi par une belle plasticité (noir et blanc, travail appuyé sur le son), son film pâtit pourtant d’être présenté dans un espace dont les vitres sont opacifiées, empêchant de, précisément, voir les trains et les rails en contrebas.
Favori du Prix (compte tenu du ramdam fait autour de lui ces derniers mois : articles dans la presse branchée, exposition personnelle à Lafayette Anticipations), Pol Taburet ne parvient pas à nous toucher avec ses deux grandes toiles figuratives, aux couleurs franches, aux formes humaines trop ouvertement simplistes et à l’esthétique « collage » trop marqué. Étonnamment, ce n’est pas le jeune homme qui remporta le Prix, mais Eden Tinto Collins, créatrice de vidéos ou d’impressions murales, là encore un peu trop ostentatoires. Pour terminer, citons les petites sculptures d’Ethan Assouline, assemblages de chaises pour enfants en bois et d’objets (lampe enfantine, cube, petite maquette), disséminées dans la Fondation, comme autant de traces laissées par des personnes passées là.
le 08/11/2023