Myriam Boudenia
Louise Vignaud
du 15/11/2023 au 26/11/2023
Théâtre Gérard-Philipe,
Saint-Denis
Un peu moins de deux ans après Points de Non-Retour [Quais de Seine], c’est une autre jeune dramaturge qui se saisit de la nuit du 17 octobre 1961 pour en faire la mémoire et en créer une évocation théâtrale. Après l’angle familial suivi par Alexandra Badea, ce sont des atours plus choraux qui sont pris par Myriam Boudenia puisque la pièce suit plusieurs personnages, avant, pendant et après, cette tragique soirée pendant laquelle des centaines d’Algériens de France furent l’objet de violences policières, allant jusqu’à jeter les manifestants pacifistes dans la Seine.
À l’aide d’allers-et-retours dans le temps, le spectacle passe du temps présent à cette nuit ou des instants la précédant au milieu des années 1990, quand une archiviste fut poursuivie en justice pour diffamation par Maurice Papon, Préfet de Police en 1961, car elle avait dénoncé les exactions commises cette nuit-là. Efficace et très narrative, la pièce marque, dès le début, par ses scènes de groupe très réussies : dans une pharmacie où accourent des manifestants blessés, dans une usine quelques jours avant, dans un commissariat où les policiers se préparent à aller « sécuriser » la manifestation. Ces tableaux permettent d’exposer la diversité des participants, montrant que, dans la police, parmi ceux qui commirent des gestes irréparables, figuraient des Algériens ou d’anciens harkis ayant combattu en Algérie.
Pour servir le texte, la mise en scène de Louise Vignaud s’appuie sur une douzaine de comédiens interprétant chacun plusieurs rôles (sauf Octobre, vieillard algérien tenant un peu le rôle du chœur antique, et Zohra, jeune fille de 14 ans qui, noyée le 17-octobre, vient hanter le présent), et sur une scénographie un peu envahissante par moments. Avec ses quatre grands modules mobiles, faits de cases pouvant figurer des meubles, des rangements de pharmacie, des casiers de vestiaires ou des caissons d’une morgue, le décor prend une large place, de même que l’apport d’eau et de sable, récurrents, comme des adjuvants venant recouvrir ou effacer les traces du passé.
À force, l’ensemble devient alors trop démonstratif, ayant du mal à synthétiser son propos et voulant, également, se faire trop didactique par endroits (certaines tirades paraissent relever de la lecture de fiches pédagogiques) ou abusant du dialogue avec le présent (l’évidence résonance des violences policières en marge, ou non, de manifestations). Le sentiment est donc assez voisin de celui perçu lors de la vision de Points de Non-Retour [Quais de Seine] (bien qu’on soit, ici, dans un registre moins exigeant), comme s’il était vraiment difficile de traduire sur un plateau ce que fut cette nuit d’octobre.
Autres dates :
– du 29 novembre au 3 décembre 2023 : Criée - Marseille
– 19 mars 2024 : Théâtre Molière - Sète
– 22 mars 2024 : Bateau Feu - Dunkerque
le 21/11/2023