Festival BBMix 2023 : R.AGGS / Arab Strap

 date du concert

25/11/2023

 salle

Carré Bellefeuille,
Boulogne-Billancourt

 tags

Carré Bellefeuille

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Avancées d’un jour (vendredi-samedi, plutôt que samedi-dimanche), les deux soirées du Festival BBMix purent davantage satisfaire le public par ce choix, tandis que la programmation se concentrait sur trois concerts (au lieu de quatre par le passé), manière d’offrir un plus large espace aux formations et de terminer à une heure encore raisonnable. Fort bien rempli en ce samedi soir, le Carré Bellefeuille y accueillait, comme régulièrement au BBMix, un groupe « culte » (Arab Strap, après A Certain Ratio la veille) et des propositions plus actuelles.

Afin de se mettre dans l’ambiance écossaise dès l’ouverture, les programmateurs avaient convié R.AGGS, jeune femme de Glasgow extrêmement sympathique, sourire aux lèvres pendant tout son set, à l’énergie communicative, particulièrement loquace entre ses titres, dansant sans cesse et invitant le public à remuer les bras. Sans jamais tomber dans une sorte de démagogie, Rachel Aggs faisait plutôt preuve d’une fraîcheur et d’une spontanéité certaines, se montrant capable d’avouer avoir oublié des paroles et annonçant devoir refaire un même couplet, de ce fait, ou bien plantant son dernier titre en plein milieu, en raison d’une mauvaise manipulation. Mais, à chaque fois, l’Écossaise, vêtue tout de noir (short, T-Shirt, chaussettes) hormis une chemise hawaïenne (ou)verte, reprit le fil, enchaînant petites mélodies pré-enregistrées et rythmiques appuyées.

R.AGGS

S’accompagnant d’un violon ou d’une guitare électrique suivant les morceaux, elle pouvait alors livrer des morceaux identifiables et faciles à avoir à en tête, dans une dynamique énergisante. Pour donner encore plus de corps à son concert, la jeune femme mimait ses paroles quand bien même, dans l’ensemble, celles-ci ne dépassaient pas toujours le registre de la pop sucrée (répertoire auquel les mélodies faisaient également penser) et se trouvaient interprétées par une voix trop réverbérée. Pour autant, voilà typiquement pourquoi on aime les festivals : découvrir quelque chose qu’on ne serait possiblement jamais aller voir sur la foi de quelques lignes ou de quelques minutes d’écoute.

Nom assez identifié de la scène indépendante française, La Féline nous est surtout connu pour le travail de philosophe d’Agnès Gayraud, régulièrement autrice d’articles ou ouvrages sur la pop culture. Sous son pseudonyme animalier, la Française chante des chansons dont le dernier recueil est dédié à la ville de Tarbes et fut servi ce samedi soir. Escortée par un batteur, une joueuse de synthé et Mocke à la guitare électrique, La Féline nous promena des rives de l’Adour à la Place de Verdun, en passant par le quartier Solazur ou le souvenir de Jeanne d’Albret (mère d’Henri IV, qui fit mettre le feu à la Cathédrale de Tarbes).

Un peu comme l’an passé avec Rodolphe Burger invité aux côtés de Pere Ubu, on regretta la sous-exploitation de Mocke, guitariste dont on connaît les qualités et la capacité à livrer des sonorités sublimes et aériennes, trop peu présentes ici, hormis un peu d’e-bow ou quelques divagations. Les chansons de la Française se montraient, en effet, mélodiquement et instrumentalement assez quelconques, conclues par un Dancing remuant, mais qui nous fit penser que, dans une veine peu éloignée, Clara Luciani se montre plus performante.

Alors qu’on suit le duo depuis 1998 et Philophobia, ce n’était que la deuxième fois qu’on voyait Arab Strap en concert et, précisément, les Écossais étaient en tournée pour célébrer les 25 ans de ce disque. Bien que celui-ci ne soit pas forcément notre préféré (The Red Thread est possiblement devant), c’était l’occasion de revoir les Écossais… ainsi que plusieurs têtes amies dans le public (notre génération des 45-50 ans était largement représentée). Annoncée en format « undressed », cette tournée anniversaire, chargée de dérouler Philophobia dans son intégralité et son ordre originel, pouvait laisser craindre quelque chose de trop décharné, sans les rythmiques qui dont le tout sel du duo. Packs Of Three et Soaps émargèrent, effectivement, dans cette catégorie mais Here We Go et ses boîtes à rythmes, lancées par Aidan Moffat, nous détrompa.

Arab Strap

Permettant de parfaitement structurer le morceau, ces rythmiques pré-enregistrées soutenaient également la guitare d’un Malcolm Middleton, tandis que son compère, situé côté jardin (mais peut-être un peu trop éloigné, sur ce grand plateau du Carré Bellefeuille), usait d’un tom basse et d’une cymbale. La six-cordes du premier superposait une couche parée de distorsion à des arpèges plus classiques (One Day, After School), mélodica et harmonica furent joués par le second (Islands) pour une impression beaucoup plus mélancolique et moins rêche que le reste du set, d’autant plus que des bruits de pluie et une guitare embuée nappaient ce titre. Arriva ensuite Not Quite A Yes, saluée par une partie de l’assistance, avec son passage parlé au milieu, servi par un Aidan Moffat qu’on trouva très à l’aise au chant et, globalement, assez sobre (à la fois dans son expression et dans ses boissons, limitées apparemment à de l’eau), même pour servir des paroles crues et sans complaisance.

Plus loin, Afterwards permit à son binôme de livrer des accords grattés et saturés, avant qu’il ne passe à la basse sur My Favourite Muse, confirmant l’impeccable entente entre les deux musiciens, au service de ce folk teinté de boucles électroniques. Saluant l’assistance une fois The First Time You’re Unfaithful joué, Arab Strap revint pour interpréter trois chansons plus récentes, dont The Shy Retirer, dernier et longue pièce d’un concert qu’on prit comme de très bonnes retrouvailles, confirmatives d’un retour d’un duo incarné.

François Bousquet
le 27/11/2023