Marine Chartrain
Céleste Germe
29/11/2023 et 30/11/2023
Théâtre Ouvert,
Paris
Expérience non encore vécue, la « mise en voix » d’un texte constitue une des étapes de restitution de l’écriture dramatique, entre lecture à la table, répétition et représentation véritable. Pour donner corps à Lac Artificiel, une comédienne était assise derrière une table, sur un plateau nu, habillé de jeux de lumière, et usait d’un micro et d’un clavier-séquenceur pour aller un peu au-delà de la simple récitation. Sans mise en scène, sans autre jeu d’actrice et sans décor, l’attention se concentre, évidemment, sur le texte et son interprétation, permettant d’éventuellement donner envie d’y revenir dans une forme pleine, le cas échéant.
Avec son histoire de deux jeunes filles, un samedi soir d’été, entre beuverie et récit des soirées précédentes, Marine Chartrain se situe dans un imaginaire connu, voire rebattu, auquel, toutefois, elle confère une véritable véracité dès le début et sa description de cette zone périurbaine croquée en quelques mots : parking, barres HLM, boîte de nuit, vodka-pomme, abribus. Errant d’un lieu à l’autre, cherchant tantôt le lac du titre, tantôt un lieu festif où retrouver du monde, Laura et Salomé en profitent pour échanger confidences et vérités non encore avouées.
Dans cette veine familière, les personnages apparaissent un peu trop stéréotypés : Salomé, la naïve qui se fait séduire par un garçon, qui rêve d’aller à Paris travailler dans l’événementiel, jouée avec une voix suraigüe par Maëlys Ricordeau ; Laura, plus mature, moins délurée et un peu sentimentale, à l’interprétation plus grave et plus posée. Pour donner chair à ses deux adolescentes, la comédienne déploya une impressionnante modulation des voix utilisées (auxquelles il faut ajouter celle de la narratrice), et se trouvait secondée, grâce au regard de Céleste Germe, par un travail sonore constitué d’inserts préenregistrés, lancés par elle-même ou depuis la régie.
Forcément, vu le contexte de représentation, on s’attacha davantage à ces tonalités de voix ainsi qu’à un texte aux métaphores parfois trop appuyées (« tu m’étouffes » dit Salomé à Laura, « sortir de la boue » utilisé au sens propre mais dont le sens figuré clignote avec force, « on s’enlise » observe l’une d’elles, etc…). L’écriture de Marine Chartrain recèle, cependant, quelques jolies trouvailles et formules (« Je ne peux pas passer à côté de ma vie toute ma vie » implore Salomé) tandis qu’à force, on finit par se demander si cette Salomé existe vraiment, et si Laura existe, elle aussi, ou bien si, en vérité, il ne s’agit pas des deux facettes d’une même personne, archétype de la jeune fille d’aujourd’hui.
le 04/12/2023