Mary Lattimore

Goodbye, Hotel Arkada

(Ghostly International / Modulor)

 date de sortie

06/10/2023

 genre

Rock

 style

Acoustique

 appréciation

 tags

Acoustique / Ghostly International / Mary Lattimore

 liens

Ghostly International
Modulor
Mary Lattimore

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En clôture de notre chronique du précédent album solo de Mary Lattimore, on relevait les bienfaits du compagnonnage mené par la musicienne (avec Neil Halstead, à ce moment-là). Trois ans après, presque jour pour jour, ce sont plusieurs invités qui escortent l’Étatsunienne sur son nouveau disque, recueil de six morceaux pour une quarantaine de minutes, dont Samara Lubelski (au violon), Meg Baird et Rachel Goswell (aux vocalises), Roy Montgomery (à la guitare) ou encore Laurence Tolhurst (de The Cure, aux synthés).

Motivée par la présence de tous ces instruments, Mary Lattimore elle-même s’essaye à d’autres adjuvants, s’emparant d’un omnichord, d’une guitare et d’un synthé, en plus de sa traditionnelle harpe, conduisant à de très beaux croisements (harpe et guitare dans Music For Applying Shimmering Eye Shadow). Au-delà de ces originalités, sa harpe se trouve, elle aussi, régénérée par ce nouveau voisinage, à l’image des notes d’Arrivederci, dont l’aspect métallique laisse imaginer qu’il pourrait s’agir d’un autre instrument, d’autant plus qu’une saturation, provenant des nappes de synthés vient parer le tout. Même élargissement des possibles sur Horses, Glossy On The Hill, avec des tapotements d’ongles sur le bois de la harpe, pour figurer les cavalcades des chevaux du titre.

La palette d’ensemble s’élargit donc amplement, écartant encore davantage le risque de redite, péril qui menace souvent les disques de musicien intervenant en solitaire sur un instrument bien spécifique (ainsi qu’on a, par exemple, pu le relever au sujet de certains albums joués au violoncelle). Combinées aux vocalises féminines de ses convives, les divagations de la harpe de la Californienne mettent en place une atmosphère éthérée et rêveuse, dès le And Then He Wrapped His Wings Around Me d’ouverture et jusqu’au Yesterday’s Parties de clôture. Une forte mélancolie se fait alors jour, soulignée par la conjugaison des mediums et aigus de la harpe, mélancolie à laquelle renvoie l’intitulé d’un album pensé en hommage à un hôtel croate, dont la rénovation sonnait, pour la musicienne, comme la fin d’une époque.

Plus loin, et alors qu’on avait l’impression que Matt Schuessler (à la contrebasse) et Roy Montgomery n’imprégnaient pas vraiment Blender In A Blender, ce morceau s’arrête deux minutes avant sa fin, avant de reprendre après une dizaine de secondes de silence ; la six-cordes du Néo-Zélandais, zébrant l’espace sonore, supplante la harpe pour un final quasi-vertigineux. Cette capacité à provoquer une telle sensation chez l’auditeur se retrouve aussi quand Mary Lattimore sample et superpose ses lignes de harpe, dans un empilement enivrant (Horses, Glossy On The Hill).

François Bousquet
le 19/12/2023

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