Closer Music 2024 : Accident Du Travail / Marina Herlop

 date du concert

20/01/2024

 salle

Lafayette Anticipations,
Paris

 tags

Accident Du Travail / Closer Music 2024 / Lafayette Anticipations / Marina Herlop

 liens

Lafayette Anticipations
Marina Herlop

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Jusqu’alors, ces pages ne s’étaient pas arrêtées sur le festival Closer Music, programmé depuis ses débuts par Étienne Blanchot. Comme pour Ideal Trouble, autre manifestation tenue par le même Blanchot, avec pour même camp de base Lafayette Anticipations, on ne se retrouvait pas dans l’offre très particulière de ce festival, volontiers adepte de découvertes et de noms rares. Pour sa sixième édition, aux soirées complètes, nous avons, cependant, coché deux des trois dates, avec l’envie de rencontrer, pour la première fois, certains artistes, mais aussi d’y retrouver d’autres, déjà vus sur scène.

Accident Du Travail

Précisément, à l’issue de leur prestation au Musée d’Arts de Nantes, en octobre 2017, dans le cadre du regretté Festival Soy, nous avions indiqué nous montrer pleinement disposés à revoir prochainement Accident Du Travail. Il fallut plus de six ans pour que ce soit le cas, et faire à nouveau face au duo, assis derrière ses machines de part et d’autre de la scène. Avec leurs aplats chatoyants et ondoyants, parsemés de quelques poussées électroniques grésillantes et de mini-explosions jouant sur la stéréo, les Français étaient chargés d’ouvrir la soirée. Invitant également quelques aspects oniriques au milieu de leurs nappes, petits bleeps et simili-larsens, ils offrirent une ambient arythmique tout aussi pertinente que dans notre souvenir.

L’atmosphère visuelle (scène plongée dans des bleutés, présence de fumée, éclairage assez faible) empêchait de saisir distinctement le travail de Julie Normal aux Ondes Martenot, mais rentrait en adéquation avec le registre musical du duo. Au bout d’une demi-heure, Olivier Demeaux fit se tendre le propos, augmentant le volume de ses interventions et empilant des couches supplémentaires, pour un dernier titre peut-être un peu trop court, mais tout aussi convaincant que l’ensemble du set.

Sarahsson

Vêtue d’une combinaison noire presqu’intégrale (seul son visage était visible), Sarahsson prit la suite, un tuba en main, après avoir lancé un instrumental. Puis, ce fut un passage d’électro chanté plutôt grandiloquent, qui nous fit nous questionner sur ce qui était proposé : concert ? performance ? un peu les deux ? Autre interrogation qui nous traversa l’esprit quant aux petits accessoires qui ornaient la combinaison de la Britannique : étaient-ce des fleurs ? (ce qui pouvait faire le lien avec les pépiements d’oiseaux diffusés au début) ou bien étaient-ce des flèches ? (façon Saint-Sébastien transpercé, ce que le fracas musical, les lumières bleues et blanches qui saturaient l’espace en clignotant, la fumée, la distorsion générale, les cris dans le micro et les bras écartés comme en position de crucifixion pouvait laisser penser).

Emporté par son propre élan, l’Anglaise se mit à genoux au sol, faisait des tours sur elle-même, enchaînait grandes inspirations et expirations dans son micro et se montrait toujours plus démonstrative. Face à un public très modeux (la moustache se portait fournie et bien dégagée), possiblement venu là après avoir arpenté les galeries pendant la Fashion Week, mais qui parut montrer un peu de circonspection quant à cette prestation, Sarahsson frotta, ensuite, une sorte de theremin à l’archet, pendant qu’elle disait un texte en playback, d’une voix grave. À nouveau, la grandiloquence le disputa au grotesque, avant un final aux nappes de synthé, cherchant l’émotion de manière putassière, totalement attendu et confirmant notre impression générale.

Marina Herlop

De plus en plus identifiée et reconnue, Marina Herlop avait, comme à Nantes en avril dernier, certainement drainé la majeure partie du public en ce samedi soir, pour une petite heure d’un concert en solo (à la différence de celui du Festival Variations). Musicalement et stylistiquement, on retrouva, néanmoins, une configuration voisine avec la même tenue pour l’Espagnole (longs manchons en peau sur ses avant-bras, robe blanche festonnée) et la même alternance de morceaux interprétés debout, derrière sampler et drum machine (actionnée de la main ou aux mailloches), ou assise au clavier. Entre faune (son accoutrement, sa coiffure, ses mimiques) et femme-enfant (son timbre de voix légèrement nasillard, son plaisir simple à taper sur sa drum machine), Marina Herlop livra des chansons données en espagnol ou en anglais, avec des couches vocales superposées en direct.

Enlaçant ses titres quasiment sans pause, la Catalane y intégrait parfois des apports électroniques (dont des pépiements d’oiseaux, décidément la signature de la soirée) ou bien une réverbération sur sa voix. Mais c’est quand, telle La Alhambra, rythmiques, arpèges de piano ou boucles mélodiques synthétiques se mêlaient qu’elle se fit la plus convaincante et nous fit pleinement adhérer à un concert mieux tenu qu’il y a neuf mois.

Pour clore logiquement le plateau, vers 22h (notons que, fait rare pour une telle manifestation, les horaires annoncés furent parfaitement respectés), Osheyack se chargea de transformer l’espace dévolu au public en piste de danse. Avec sa techno rythmée et saccadée, assez entraînante et au volume (relativement) raisonnable, le Chinois offrit quelque chose de tout à fait adapté, pour remuer têtes et corps. Sur une scène lézardée de rais blancs verticaux et horizontaux, il put délivrer une prestation un peu répétitive mais diablement efficace.

François Bousquet
le 26/01/2024

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