14/02/2024
Petit Bain,
Paris
Puisqu’il ne passe dans la capitale française qu’une fois tous les dix ou douze ans, il ne faut pas rater les venues parisiennes de Loscil, d’autant plus qu’on restait sur un très bon souvenir de son concert nantais, dans le cadre du défunt festival Soy, en 2017. Dans la foulée de la publication de Colours Of Air, début 2023, c’est avec Lawrence English que le Canadien sillonnait l’Europe pour une dizaine de dates. Alors que la concurrence était pourtant forte (Saint-Valentin, huitième de finale aller du PSG), Petit Bain était quasiment plein en ce 14-février, bien que cette salle ne soit pas forcément identifiée pour son appétence pour l’ambient ou l’électronique expérimentale.
En ouverture, pour autant, l’équipe de programmation avait convié Les Marquises, proposition parfaitement cohérente avec ce qui allait suivre, puisque le projet de Jean-Sébastien Nouveau, après quelques disques plutôt indé ou pop, s’est orienté vers l’ambient. Accompagné par Martin Duru, posté au synthé, le Français, assis derrière son laptop, livra deux longs morceaux d’une vingtaine de minutes, et un court rappel. Pour les deux premiers titres : format un peu similaire avec l’entrée, au mitan, de pulsations, plus ou moins sourdes, venant recouvrir les nappes préexistantes. Sur le premier morceau, ces apparitions furent tout à fait bienvenues puisque l’ensemble se montrait assez monotone, conjonction basique de couches musicales arythmiques. Plus denses et lumineuses, les textures du deuxième titre étaient plus convaincantes, en lien avec des projections elles aussi plus riches.
En effet, sur la piste inaugurale, les visuels, en noir et blanc, alternaient vues d’étendues asséchées, de volcans, de fumées et de nuages, tandis que sur l’autre long morceau, forêts, végétation touffue et cascades étaient diffusées, en couleur. Possiblement, au reste, ces variations chromatiques influencèrent notre perception musicale, nous invitant à considérer la musique produite par Les Marquises en résonance avec ces images. Le chant, en français, de Jean-Sébastien Nouveau, fut introduit, de manière un peu anecdotique, sur le dernier morceau, par ailleurs porteur d’une mélodie plus affirmée, histoire d’exposer toute la palette d’intervention du musicien.
Debout derrière leurs machines, Loscil et Lawrence English prirent la suite, sur une scène baignée du rouge projeté sur l’écran, virant, dans des camaïeux progressifs, au bleu, tandis que des cercles concentriques orangés ou d’autres formes géométriques (sinusoïdales complexes, structures hélicoïdales) agrémentaient une palette colorée qui déclinait les visuels de leur album. Avec leurs basses appuyées et saturées, leurs textures ondoyantes et leur sorte d’ambient-dub arythmique, les deux musiciens parvenaient à croiser le meilleur de leurs deux univers individuels, dans de longues séquences enchaînées, donnant naissance à une offre pleinement intéressante.
Sans qu’on arrive précisément à distinguer ce qui relevait de Scott Morgan (placé côté jardin) ou de Lawrence English, des plages tenues étaient mises en regard de notes répétées, et des projections de synthé courbes et en crescendo se trouvaient intégrées. Sur Pink, titre un peu solennel avec ses deux notes appuyées de départ, sa basse saturée et enveloppante, les visuels évoluèrent, pour accueillir un carré noir paré d’un halo violacé, comme pour marquer davantage le coup. Placé en fin de set principal, ce morceau précéda un rappel qui, avec des velléités mélodiques et des éléments plus divers (bien qu’étant certainement trop bref), confirma l’impression d’ensemble laissée par une prestation qui monta en puissance et pertinence.
le 16/02/2024