du 13/02/2024 au 20/04/2024
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
En arts plastiques comme en musique, le rapprochement entre deux artistes peut aussi bien déboucher sur une juxtaposition forcée que sur la création d’un dialogue fécond. Avec Farah Atassi et Ulla Von Brandenburg, exposées toutes deux à la Fondation Ricard, c’est la seconde option qui se trouve rencontrée, par la résonance intelligente créée entre deux plasticiennes très appréciées de ces pages, et suivies de longue date. Nous n’y avions, au reste, jamais forcément pensé mais les deux artistes peuvent effectivement être mises en relation, par leur travail de la couleur et un attachement à des dispositifs et formes théâtrales ou liées au spectacle et à la représentation.
Dans son accrochage, la commissaire Marjolaine Lévy invite ainsi le visiteur à franchir les traditionnels rideaux de l’Allemande, pour apercevoir les toiles de la Française. Compartimentant l’espace, les larges tentures, façon patchwork, sont ainsi soulevées partiellement grâce à des fils qui donnent diablement envie d’avancer dans un parcours par ailleurs moins basique qu’à l’habitude à la Fondation Ricard puisqu’outre ces éléments, des cloisons ont été montées, offrant davantage de supports aux toiles de Farah Atassi. Intelligemment peintes dans des tonalités rappelant les carrés de tissu d’Ulla Von Brandenburg (orange, rose, bleu, aubergine), ces cloisons sont aussi le lieu où des films 16mm de l’Allemande sont projetés, mini-fictions mettant en scène une troupe aux costumes semi-folkloriques, dans un univers paré, là aussi, des mêmes tentures.
L’espace entre visiteurs et sujets s’estompe alors, d’autant plus que les baies vitrées donnant sur la Gare Saint-Lazare sont obstruées, conférant un aspect plus clos à la Fondation Ricard. De même, la présence de petites maquettes, confectionnées par Ulla Von Brandenburg, à la manière de projets de travail pour une scénographie de théâtre ou d’exposition, peut donner l’impression de contempler de haut précisément l’espace que l’on sillonne. Au sein de ces petits décors, on verrait bien évoluer les interprètes peintes par Farah Atassi, acrobates qu’on voit au repos (les deux toiles Sleeping Acrobat) ou ballerines dont on ne voit que les jambes (Still Life With Red Tights, Still Life With White Tights, la série Mechanical Cabaret).
Réalisées sur de grands formats, dotées de formes quasi-cubistes (on se souvient avoir déjà vu quelques-unes de ces peintures l’an passé au Musée Picasso Paris où Atassi côtoyait des toiles du maître) ou saisies de manière métonymique (les jambes pour la ballerine toute entière, donc), ces créations se trouvent, elles aussi, disposées dans des ensembles dotés de pendrillons et rideaux. Libres dans leur expression, nonobstant le quadrillage moderniste qui structure certaines toiles, ces (fragments de) personnages ont l’air aussi à l’aise dans cet environnement qu’est ravi le spectateur d’assister à la mise en regard des travaux de ces deux excellentes artistes.
le 29/02/2024