28/02/2024
Petit Bain,
Paris
Il arrive que des groupes changent plus ou moins fortement d’un disque à l’autre, faisant évoluer leur registre au gré de leurs envies et/ou de la composition de leurs formations. Arrivés sur scène, les options sont alors multiples pour ces ensembles : passer en revue l’éventail de leur discographie, se concentrer sur les plus récents travaux ou bien arranger les anciens morceaux dans la lignée des plus récents. Avec une modification de la moitié de ses membres entre son premier et son second album, bdrmm appartient typiquement à ce genre de groupes : un premier long-format très indie-rock, avant d’être repéré par Mogwai et signé sur Rock Action, pour un second disque beaucoup plus fouillé et moins direct.
Sur scène, dans un Petit Bain complet de très longue date (et qui faisait suite à un Point Éphémère, en novembre dernier, lui aussi plein plusieurs semaines à l’avance), les Britanniques ont fait le choix de documenter cette évolution, avec une première moitié de set principalement consacrée à I Don’t Know (cinq des six premiers titres joués) et une seconde dédiée à leur premier effort. Laissons tomber tout suspense : nous fûmes vraiment emballés par la première et beaucoup moins par la seconde. Dans des morceaux comme Alps ou Standard Tuning (encore inédit, mais appelé à paraître en 10" mi-avril), les rythmiques sont travaillées, la voix de Ryan Smith se fait semi-traînante, semi-plaintive et l’atmosphère globale aérienne. Situé au carrefour de l’indie-rock et du shoegaze, mais avec une capacité à rester un peu en-deçà des murs de sons et à intégrer de l’électronique, bdrmm (ce chic du nom de groupe sans voyelles et écrit tout en minuscules) parvint à emporter l’auditeur, sans démonstration d’efficacité, ni facilités.
Les rythmiques proposées par Conor Murray venaient de sa batterie ou de samples aux atours caribéens et Joe Vickers proposait quelques arpèges de guitare enjôleurs. À côté, Jordan Smith, qui portait très haut sa basse, put prendre en charge, avec son jeu au médiator, la structure d’un morceau comme Be Careful. Sur It’s Just A Bit Of Blood, enfin, des breaks permirent de relancer l’écoute, et d’annoncer l’arrivée d’accords grattés plus shoegaze. Positionné au cœur de cette première moitié, Gush, extrait de leur premier album, permit d’entrevoir la suite (ou plutôt, d’où venaient les Britanniques) : batterie régulière, structure couplet-refrain plus classique, voix plus blanche pour un résultat sonnant indie-pop 90’s mais dans sa relecture du tournant des années 2000-2010.
Attaquant, ensuite, toute la série d’extraits de Bedroom (six morceaux sur les huit derniers), le quatuor bascula dans une séquence plus linéaire, avec un climat plus lourd et plus capiteux, parfois proche du stoner rock (ce qui permit de faire, probablement inconsciemment, le lien avec Marell, pénible trio toulousain qui officiait en première partie et qu’on prit soin d’éviter au maximum). Les murs de guitare étaient dressés, la batterie frappait sec et l’ensemble perdit une bonne part de l’inventivité et de la variété déployées dans les trois premiers quarts d’heure. On resta néanmoins jusqu’au terme du set, reconnaissant toutefois secouer la tête à quelques reprises.
le 04/03/2024