du 28/02/2024 au 26/08/2024
Centre Pompidou,
Paris
Quelques semaines après son décès à 99 ans, Vera Molnár se trouve accueillie dans la Galerie du Musée du Centre Pompidou pour une rétrospective composée à partir d’œuvres faisant principalement partie de la collection du Musée national d’Art Moderne. Bien que ne l’ayant croisé qu’à peu de reprises jusqu’alors, le travail de la Hongroise nous paraît instantanément très familier, en amateur d’art abstrait graphique et géométrique.
Chronologique, le parcours invite à démarrer avec ses premiers travaux, principalement crayonnés, et conservant un caractère très mathématique avec, à la fin des années 1960, des dessins par ordinateur. La présentation, sous vitrine, de ses Journaux Intimes, met en lumière ses esquisses et croquis, avec des photos de son environnement (elle quitta la Hongrie pour Paris juste après la guerre) qui questionne sur ce qui l’inspira le plus : les colombages d’une maison ou les zébrures formées par les fils électriques tendus entre les poteaux. À partir de ces regards, les dessins algorithmiques pouvaient être réalisés, telle cette série en hommage à Paul Klee, ou ces enchaînements de « w » matérialisés par un long fil de coton noir tenu par des clous sur deux pans de mur.
Dans la lignée de ce geste scientifique, les intitulés de la majeure partie de ses créations se montrent très descriptifs (9 carrés rouges, 6 ensembles, 6 couleurs, 4 éléments distribués au hasard…) et un aspect quasi-compulsif peut aussi transparaître de certaines propositions, à l’image de ces suites de planches avec des carrés. Ces dimensions interrogent alors sur la part de hasard et la part de création pensée chez Vera Molnár. Des œuvres comme Le Carré Dévoyé, avec ses quatre toiles blanches et ses bandes de papier bleues, paraissent résulter d’une disposition aléatoire, un peu assumée, mais qu’on a du mal à tenir pour véridique, notamment au vu des carnets préparatoires. Cette incertitude permet de rajouter une couche de lecture et de ne pas se limiter à une appréhension immédiate, et à la satisfaction subséquente.
Sur la fin de sa vie, Vera Molnár parut se tourner progressivement vers l’art optique avec Identiques Mais Différents (formes rouges ouvertes ou fermées sur un petit diptyque blanc, ou bien est-ce l’inverse ?) et Perspectives d’un Trait, œuvre montrée pour la première fois, et constituée d’un miroir, de tiges en acier et aluminium anodisé, pour jouer sur l’épaisseur du trait, son reflet et la belle vibration qui en découle.
le 03/05/2024