21/03/2024
Philharmonie de Paris,
Paris
Un peu comme pour Ólafur Arnalds, apprécié fin 2019 dans cette même salle Pierre-Boulez de la Philharmonie de Paris, voici un musicien que ces pages ont vu grandir progressivement depuis quinze ans. Depuis des concerts aux Instants Chavirés ou à l’Espace B, en première partie d’autres artistes ou groupes, jusqu’à cette consécration avec deux dates complètes depuis plusieurs semaines dans cette salle de plus de 2 000 personnes, en passant par la création du Piano Day, la trajectoire de Nils Frahm s’avère impressionnante. Musicalement, son néo-classique se teinte régulièrement d’électronique, et ses sorties sont si multiples qu’on ne peut guère le suivre, sinon pour constater qu’il se montre fidèle à Erased Tapes. La taille de la salle et la peur d’une certaine grandiloquence avaient suscité en nous une légère tergiversation, finalement brisée sur la foi des différents retours de ses récentes prestations, comme par la volonté de voir où en est l’Allemand.
Prenant place au sein d’un public comptant un fort nombre d’étrangers (on parlait allemand, anglais, italien, portugais dans les rangs voisins), on vit Nils Frahm enfiler une paire de gants pour jouer, dos à la salle, d’un harmonica de verre. La limpidité du son produit, avec ses notes tenues et ses plages ambient, plongea tout le monde dans une écoute de qualité, relayée par de subtils jeux de lumière, générés par des projecteurs situés en fond de scène et passant à travers les vérillons de l’instrument. Des claviers de toutes sortes (acoustiques et électriques) furent également utilisés sur cet Harmonium In The Well d’ouverture, puis des rythmiques, lancées d’une main tandis que l’autre restait au piano droit, et des vocalises préenregistrées apparurent.
S’emparant d’un micro après ce titre d’une petite demi-heure, l’Allemand demanda aux spectateurs de faire des bruits d’animaux sauvages, afin de les intégrer à Music For Animals. Comme le rendu parut trop « effrayant » à son goût, il l’étira et en baissa la fréquence, de façon à constituer un tapis sonore plus propice. D’autres composantes électroniques furent ajoutées, comme des séquences de kalimba et de xylophone, joués tous deux en direct, parfaitement en adéquation avec l’atmosphère générale un peu onirique de ce titre : caractère liquide des tonalités, aspect cristallin de la ligne mélodique, ambiance de jungle née des cris faussement animaliers.
Après une courte pièce au piano droit solo, joué d’un toucher ouaté (comme si la pédale de sourdine était restée enfoncée), Nils Frahm enchaîna avec une séquence de polyrythmie sourde et étouffée, prolongée par quelques traits électroniques, relances et montées en puissance. Il en résulta une relecture de Spells extrêmement prenante et particulièrement probante, quasi-vertigineuse dans ses développements et longuement applaudie par le public. Après une telle réussite, pas évident de repartir, et Hammers permit au musicien de le faire avec son jeu rapide, pas loin du piano mécanique, apportant de l’intérêt à une piste possiblement moins pertinente que les précédentes.
En rappel, Says et More furent largement salués dès les premières mesures et finirent d’emporter l’adhésion d’un public ravi d’être là, de partager ce moment, de profiter du son exceptionnel de la Philharmonie et de se voir dans une fosse et un parterre escamotés et remplis, souvent baignés de lumière. Et dire que nous avions hésité avant de venir !
le 27/03/2024