07/04/2024
Lieu Unique,
Nantes
Pour conclure nos deux week-ends dédiés au Festival Variations, et alors que le samedi s’était, finalement, montré davantage consacré au piano et claviers qu’escompté initialement, direction le Lieu Unique, pour deux concerts, donnés respectivement à l’Atelier 1 et au Salon de musique, deux des salles du premier étage. Prévues en seconde partie d’après-midi, avant une dernière proposition mettant aux prises Lonie Holley et Julia Holter (et sur laquelle on fit l’impasse, devant rentrer à Paris), ces deux prestations s’éloignèrent, pour le coup, des pianos et claviers.
Noyés dans les fumées et lumières rouges, les deux membres d’Harrga ne lésinaient pas sur les effets, avec un aspect global grandiloquent, proche de la performance, quand Dali de Saint Paul déclamait dans son micro, de manière un peu vitupérante, des textes tandis que Miguel Prado, assis derrière sa table, envoyait, depuis son laptop, une électronique sombre, saturée et dense, non loin de l’électro-indus. Les poings serrés, les bras qui s’élevaient lentement, la tête qui oscillait doucement et le regard qui balayait la salle, la Française pouvait aussi utiliser un petit séquenceur, introduisant d’autres sonorités.
Sur Phone Recording, des arpèges de synthé numériques servirent de support à des ports de voix de la performeuse, pour un résultat un peu pompeux, au phrasé presque crié. Plus loin, War ou La Mer agirent dans un registre plutôt agit-prop, narrant l’histoire de soldats qui patrouillent dans la rue, tandis que la masse marque par son indifférence, ou s’attachant à cette « mer à traverser/avant la liberté ». Inévitablement, le propos général n’était pas blâmable, mais le geste avait possiblement plutôt sa place dans un contexte underground (telle une soirée au Blockhaus DY10, pour rester dans l’écosystème nantais), ramassée sur trente minutes, dans l’atmosphère de bière et de fumée de cannabis, qu’en milieu de dimanche après-midi, au Lieu Unique, dans le cadre d’un festival institutionnel dédié au piano.
Laissant le duo, on prit place dans une file d’attente déjà bien fournie, pour rejoindre le concert de ML Buch, jeune femme qui se posta devant un synthé pour en lancer samples de guitare, basse et cordes, tandis qu’une comparse officiait à la batterie électronique ou sur un autre synthé. Voyant une guitare électrique à sept cordes installée derrière la Danoise, on regretta que l’instrument ne fut pas plus utilisé, et que les partitions de guitare (qu’elles soient grattés en open tuning, en arpèges en finger-picking ou en notes détachées et recouvertes de distorsion) fussent samplées et non pas jouées en direct.
La jeune femme finit, quand même, par s’emparer de sa sept-cordes pour gratter quelques accords et poursuivre au chant, en même temps, pour un Well Bucket soutenu par une batterie régulière, dans un ensemble indé assez efficace, quoique classique. Mais cette veine se montra néanmoins plus pertinente que celle qui voyait sa complice sortir des sons très 80’s de son synthé, relayé par des rythmiques trop mécaniques. Pas totalement déplaisante, cette prestation se montra, au total, à l’image d’un Festival qui, pour ce qu’on en vit (et hormis le très bon concert de Noémi Büchi et celui de Radio Hito), constitua une forme de déception par rapport aux attentes nées de la lecture de son programme.
le 23/04/2024