Tristan Garcia
Marie-Christine Soma
du 23/04/2024 au 28/04/2024
Théâtre de Gennevilliers,
Gennevilliers
Écrivain qu’on avait apprécié dans ses premières années, jusqu’à ce qu’il se veuille plus philosophe que romancier, Tristan Garcia avait donné, avec La Meilleure Part des Hommes, une de ces grandes œuvres sur les « années SIDA ». Quelques années plus tard, et après un Faber intéressant, il avait commencé à verser dans les livres-fleuves avec 7, roman constitué de sept histoires indépendantes (enfin, pas tant que cela) dont la dernière est isolée par Marie-Christine Soma pour en faire une pièce de théâtre.
Interprété par un comédien seul en scène, le spectacle tisse, au long de ses deux heures et vingt minutes, l’histoire d’un homme qui vit sept vies successives, ressuscitant à chaque fois qu’il meure, en reprenant sa vie depuis sa naissance, mais avec la conscience conservée de ses existences précédentes. Dans les romans français comme dans les comédies romantiques étatsuniennes, un tel schéma voit alors le héros consacrer une vie à essayer d’être un homme meilleur, une autre à s’adonner à tous les plaisirs, une autre à prendre la tête d’une insurrection afin de changer le monde, ou une autre à se laisser aller à l’oblomovisme. Mais, au final, il revient toujours à la même chose (à l’essentiel ?) : la femme qu’il aime.
Il y a, certes, un peu de candeur là-dedans, mais aussi une vraie force romanesque, qu’on avait déjà ressentie à la lecture et qui se traduit sur un plateau habité par des cartons, une table, une chaise et un matelas. Pierre-François Garel y enchaîne ses sept vies, avec quelques simples accessoires permettant de rapidement figurer tel ou tel endroit, et des modulations de ton et d’énergie permettant de rythmer le spectacle. Afin d’éviter le monologue absolu, Marie-Christine Soma a intelligemment intégré de la vidéo, pour faire apparaître les deux autres personnages centraux du récit, qu’on retrouve régulièrement, soit dans les mêmes stations que dans la vie précédente, soit à d’autres périodes de la vie du héros.
Le fait de savoir, dès le départ, que le nombre de vies est capé apporte une touche un peu trop programmatique à un ensemble possiblement trop étiré par ailleurs. Néanmoins, on se fait aussi emporter par la narration et plusieurs séquences résonnent étonnamment avec notre présent immédiat, bien que le roman d’origine soit vieux d’une dizaine d’années.
Autres dates :
– 15 et 16 mai 2024 : Théâtre - Orléans
le 29/04/2024