Ellsworth Kelly : Formes et Couleurs. 1949-2015

 date

du 04/05/2024 au 09/09/2024

 salle

Fondation Louis Vuitton,
Paris

 appréciation
 tags

Ellsworth Kelly / Fondation Louis Vuitton

 liens

Fondation Louis Vuitton

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Forcément, il y a toujours un peu d’appréhension à visiter une monographie d’un grand artiste dans une fondation privée, avec ce sentiment que c’est possiblement le premier qui sert la seconde au lieu de l’inverse, le regret que ce genre de monstration ne se tienne pas dans une institution publique ou bien la vague impression d’un étalage de moyens. Mais on apprécie tellement Ellsworth Kelly et on se trouve vraiment séduit par le bâtiment conçu par Frank Gehry dans le Bois de Boulogne que ces réserves se trouvent balayées par la déambulation dans les différentes galeries consacrées au plasticien étatsunien, dans un parcours principalement chronologique.

Vue de l’exposition

Les premiers travaux sont donc ceux réalisés à Paris, dont des petits formats inspirés de fenêtres de la capitale (Window, Museum of Modern Art, Paris et Window VI, vues au Centre Pompidou il y a quatre ans, à l’occasion de la présentation de sa série des « fenêtres ») ou par le fleuve (Seine avec sa suite de petits carrés noirs et blancs, façon nuage de points). Rapidement, un jeu sur les formes géométriques apparaît, aussi bien dans les sujets traités (ces reflets sur l’eau que représentent les points blancs au milieu des carrés noirs, ces lignes brisées) que sur les supports utilisés : douze panneaux assemblés forment un Spectrum arc-en-ciel, seize carrés composent Gironde, etc… Plus encore, de larges toiles triangulaires ou carrées voient leurs bords être légèrement arrondis, donnant un effet concave aux Three Grey Panels. Plus loin, c’est une sculpture en aluminium qui, à l’inverse, se trouve pliée pour créer un « X » convexe (Gate).

Profitant à plein des larges murs de la Fondation Louis Vuitton, les commissaires peuvent tranquillement y accrocher les grands formats de l’Étatsunien et laisser aux spectateurs la possibilité de bénéficier du recul nécessaire pour appréhender correctement le dialogue entre la toile et le mur ou le jeu sur les différences de blanc. Plus encore, poussant davantage sa recherche, Ellsworth Kelly va consolider son geste en « avançant » de quelques centimètres certains panneaux pour créer un effet de relief (Yellow Relief ou Méditerranée). Au-delà de l’impression de facilité, rien n’est, en fait, laissé au hasard, à l’image des 32 pavés colorés de Sanary qui ne constituent pas un simple patchwork pop, mais sont disposés suivant un cannage sombre-clair. De même, la réactivation du Yellow Curve (initialement pensée pour un centre d’art à Francfort) rejoue l’infusion de ce grand triangle jaune sur les murs et sol d’une pièce aveugle et blanche.

Vue de l’installation de Colored Panels
(courtesy Fondation Louis Vuitton)

Parvenu à l’auditorium, ce sont d’autres intégrations qu’on peut y voir, commandées par la Fondation à l’artiste : rideau de scène réactivant le spectre lumineux de ses débuts (Spectrum VIII) et monochromes de toutes tailles disséminés dans l’espace dédié au concert, mais escamoté et rendu plan (ce qui, de manière assez cocasse, fait que des portes, normalement situées en haut des gradins, se trouvent sans palier). Une nouvelle fois, le côté majestueux de l’installation impressionne, bien qu’on s’interroge sur la véritable pérennité de celle-ci sur la durée (le jour où le lieu s’en lassera, qu’adviendra-t-il de ces créations ?), en regard de quelques autres réalisations, architecturales pour le coup, dont des maquettes sont montrées dans une petite salle attenante.

Au rez-de-chaussée, et après des collages un peu kitsch sur cartes postales, on retrouve des photographies, prises dans les années 1950 par Kelly, face auxquelles la tentation est forte d’y voir des inspirations de ses travaux futurs : rai de lumière qui structure l’espace, entrebâillement de porte, toit à double pente, etc… De nouveaux grands formats, plus récents, clôturent la visite, avec un souci des volumes et profondeurs dans des compositions de toiles superposées et des jeux sur les ombres portées avant que, de manière moins attendue, on trouve une résonance « art premier » dans le Diagonal With Curve XV, sculpture de chêne rouge semblable à une planche oblique.

Itinérance de l’exposition :
 du 31/10/2024 au 13/02/2025 : M7 - Doha

François Bousquet
le 26/08/2024

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