05/10/2024
Ancienne Belgique,
Bruxelles
Ancienne Belgique / Erik K Skodvin / Margaret Hermant / Sonic Pieces / Svarte Greiner / Sylvain Chauveau
Label à l’esthétique très soignée et aux choix très sûrs, Sonic Pieces proposait une série de concerts pour fêter ses quinze années d’activité. La tournée des capitales européennes allant de Berlin à Londres, en passant par Bruxelles, mais non par Paris, nous fîmes le déplacement en Belgique pour retrouver deux artistes très suivis de ces pages et faire une (belle) découverte. Pour cette suite de dates, le label de Monique Recknagel avait, en effet, fait le choix de programmer Erik K Skodvin et Sylvain Chauveau pour chacune des soirées, mais d’inviter aussi des musiciennes non (encore) signées sur la structure berlinoise.
Pour ouvrir les débats, dans le club de l’Ancienne Belgique, espace situé à l’étage de l’institution bruxelloise, et dans laquelle des chaises avaient été judicieusement disposées en arc de cercle, on retrouva Sylvain Chauveau et ses compositions minimalistes. Alternant guitare acoustique (en arpèges, arpèges inversés ou accords pincés), piano à queue, mélodica et harmonium, le Français n’ajoutait presque rien à ces instruments, hormis quelques bruissements et tapotement pré-enregistrés et émanant de son laptop sur son morceau d’ouverture. Très volubile, racontant son lien avec Sonic Pieces, présentant titres et séquences, parlant de ses influences (Keith Rowe, le peintre Barnett Newman pour ses pièces au piano), Sylvain Chauveau livra une petite heure instrumentale possiblement trop homogène, dans laquelle il manqua un ou deux morceaux chantés, qui auraient donné davantage de corps à l’ensemble. Pour autant, la constante recherche d’un musicien attaché au minimalisme et à la sérialité ne pouvait qu’être saluée.
Membre d’Echo Collective (cet ensemble qu’on a déjà pu entendre interpréter du Jóhann Jóhannsson, ou reprendre in extenso le Amnesiac de Radiohead), Margaret Hermant y joue du violon. Pour cette date dans sa ville, la Belge changea d’instrument pour s’essayer à la harpe celtique, jouée à l’archet ou en arpèges. Un comparse, debout derrière son ordinateur, la secondait pour sampler et superposer les couches sonores produites par l’instrument à cordes, tandis que la jeune femme tournait potentiomètres et réglages de ses pédales d’effets.
Les propositions musicales se montraient parfois un peu trop saturées ou chargées, avant de trouver une meilleure structuration dans le dernier morceau interprété avant de changer de harpe. Une simili-rythmique fut, ainsi, construite par Margaret Hermant, qui ajouta ensuite basses et nappes synthétiques provenant d’un clavier situé à sa main gauche, pour un résultat très entraînant et qui emplit l’espace sonore. Passée à une autre harpe celtique, aux contours plus métalliques, la Belge livra deux titres finaux, marquée une légère tentation pompière, provenant de sonorités elles aussi moins rondes et plus métalliques, croisées avec des accords saturés d’effets et de delay apportés par son acolyte.
Installé au pied de la scène, assis derrière une table sur laquelle plusieurs pédales, capteurs et une table de mixage étaient entreposés, Erik K Skodvin était chargé de clore la soirée. Très suivi sur nos pages, le Norvégien n’avait, alors, été chroniqué que pour des concerts au sein de Deaf Center (deux fois) et en tant que Svarte Greiner (trois fois), alors que depuis quelques années, c’est surtout sous son nom propre qu’il officie, mais plutôt avec des instruments réels (disques au violoncelle solo, ou à la guitare solo). Pour cette tournée, c’est la version ambient électronique de son travail qui était exposée, avec vibrations et oscillations créées en direct, baigné dans une lumière bleutée particulièrement adaptée. Quelques mini-crépitements apparurent aussi, pendant que des accords plus profonds s’installaient, dans un ensemble toutefois plutôt uniforme, avec des capteurs sonores si précis et sensibles que les pressions sur les boutons de ses machines généraient des cliquetis plus forts que le reste de ses contributions. Attentive, comme pendant toute la soirée, la soixantaine de personnes présente pu goûter cette demi-heure venant conclure de manière cohérente le panorama musical défendu par Sonic Pieces.
le 08/10/2024