Winter Family / Frédéric D. Oberland, Grégory Dargent, Tony Elieh & Wassim Halal

 date du concert

16/10/2024

 salle

Station - Gare des Mines,
Paris

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Frédéric D. Oberland / Station - Gare des Mines / Winter Family

 liens

Winter Family
Frédéric D. Oberland
Station - Gare des Mines

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Sorte de double « release party » (bien que l’album de Frédéric D. Oberland, Grégory Dargent, Tony Elieh et Wassim Halal ait été publié fin mai), cette soirée de mi-octobre était également l’occasion pour nous de découvrir (enfin) la Station - Gare des Mines, large lieu composite, situé derrière la Porte d’Aubervilliers, anciennement une gare à charbon. Ouvert en 2016, constitué de plusieurs modules et géré par le Collectif Mu, l’espace propose une programmation musicale musclée, avec soirées électroniques ou plateaux dévolus à des formations expérimentales ou très rock (l’absence de voisinage aidant, assurément).

Frédéric D. Oberland, Grégory Dargent, Tony Elieh & Wassim Halal

Venus fêter, donc, la parution de leur album printanier, Frédéric D. Oberland, Grégory Dargent, Tony Elieh et Wassim Halal débutèrent à 20h30 précises, par deux longs morceaux dans lesquels les quatre musiciens intervenaient de concert, avec une puissance sonore certaine. Alors que Grégory Dargent apportait une coloration plus mélodique avec son oud, Wassim Halal jouait sur toute la surface de sa percussion placée sous son bras (centre de la peau, bord du cadre, corps de l’instrument), générant des sons très différents. Pour sa part, Frédéric D. Oberland passait, comme il en a l’habitude de la guitare électrique, toujours ceinte autour de lui, au saxophone alto et aux machines, produisant un grand nombre de propositions musicales, dont celles aux six-cordes purent être saluées. Enfin, Tony Elieh répétait fréquemment les mêmes mesures, structurant l’ensemble et accentuant l’aspect sériel et tournoyant des compositions du quatuor.

Avec une belle énergie, celui-ci envisagea, par la suite, quelques variations, quand Dargent entrechoqua plusieurs cloches et cymbales, ou que la basse d’Elieh isola davantage ses partitions. Donnant immanquablement l’impression d’être improvisé, leur set s’interrompit abruptement, quand l’alarme incendie de la salle se déclencha, au bout de trois-quarts d’heure de concert, entraînant la mise hors tension de toute l’électricité (hormis les lumières blafardes du plafond). Apparemment indue, cette alerte empêcha le quatuor de terminer, contraint de remballer ses affaires dans une relative précipitation.

Fidèles au duo franco-israélien, ces pages ne laissent jamais passer plus de trois ans et demi sans voir Winter Family, formation qui continue de nous enthousiasmer sur scène, par son intensité et sa rectitude. Alors qu’a paru, quelques jours avant cette soirée, On Beautiful Days, le propos se montra, dès l’ouverture du set, très franc, avec des boîtes à rythmes, lancées par Ruth Rosenthal, au tempo très élevé, et des chansons interprétées sans temps mort, ni relâchement, dans une urgence certaine (dont Spring Roll, pourtant déjà rapide sur disque). Délaissant ses machines, la chanteuse se tourna ensuite vers une batterie réduite pour Gaza, frappant sa cymbale avec le plat de la baguette et son tom d’un coup sec, figurant respectivement un coup de feu et une explosion, figures illustratives habituelles du duo. Tandis que Xavier Klaine avait configuré son clavier en orgue, sa compagne lâchait ses mots dans un registre proche du slam.

Winter Family

Ce schéma voix-orgue, certainement le plus probant chez Winter Family, se retrouva sur Cortleyou Rd. (We Shall Overcome) (la caisse claire se trouvant utilisée par roulements), le nouveau et élégiaque Black Sun (sans batterie mais avec un coup sourd généré par le téléphone de Ruth), ou plus loin quand Saralei Klaine rejoignit ses parents avec sa flûte. Présente plus tard sur un Daughters Of Jerusalem aux rythmiques reggae-dub inhabituelles (et régénératrices), cette flûte y apporta un vrai liant, en plus qu’elle nous permit de constater que la petite fille timide était devenue une adolescente affirmée qui, sur Nine Millions Witches, interprété en fin de set principal, put chanter le refrain à tue-tête en même temps que sa mère. Pour sa part, celle-ci se montrait toujours capable d’aller chercher plusieurs registres dans le même morceau, comme si elle jouait des rôles différents (voix aiguë de petite fille, voix plus neutre de narratrice, psalmodie ou débit très rapide, etc...) pendant que Xavier forçait les saturations de son clavier.

Se retrouvant à l’harmonium, chacun une main sur le clavier, sur Omaha (introduit ainsi par Ruth : « il faut arrêter la guerre, je crois, et « Free Palestine » »), le couple montra plus que jamais sa pertinence, dans le contexte actuel du Proche-Orient, proposant également un No World au refrain repris en boucle : « Life is beautiful ». Largement saluée par le public, leur prestation, possiblement la meilleure à ce jour des huit que nous avons vues jusqu’alors (dans un niveau moyen déjà très élevé), se termina par un rappel dans lequel avec Ruth s’essaya au rap français, avec une reprise de Freeze Raël de Freeze Corleone, et une antisèche sur son téléphone.

François Bousquet
le 25/10/2024

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