Johanny Bert
Johanny Bert
du 15/10/2024 au 26/10/2024
Théâtre des Abbesses,
Paris
Adepte d’une forme marionnettique assez élaborée, Johanny Bert recherche également à mettre en place quelque chose de très imagé, dans une relative économie de moyens. Combinant effets visuels, travail sur la musique, création de personnages et manipulation savante, le Français se place sous l’égide de Wim Wenders (dont on entend, en ouverture, un extrait d’interview par Serge Daney, autour des Ailes du Désir) pour raconter l’histoire d’un ange qui déplore de ne pas évoluer sur terre.
Vêtu d’une simple tunique sombre, figuré par une tête en plâtre clair et rapidement défait de ses ailes (qu’il scie), l’ange-marionnette va se décrocher de son filin, s’approcher des humains et regretter, tout au long du spectacle, de ne pas en être un. Plusieurs chansons viennent régulièrement ponctuer Le Spleen de l’Ange, chantées hors-champ par Johanny Bert et interprétées par trois musiciens placés à cour et à jardin. Multi-instrumentistes (vibraphone, trompette, clavier, violon, theremin, violoncelle), Marion Lhoutellier, Guillaume Bongiraud et Cyrille Froger se montrent particulièrement convaincants, dans leur capacité à évoluer dans plusieurs registres (l’illustration un peu basique de ce qui passe au plateau peut, ainsi, laisser place à des passages proches du jazz ou de la musique contemporaine), tandis que le chant, pour sa part, pâtit de quelques faussetés, de rimes un rien faciles ou attendues et de textes similaires d’une chanson à l’autre.
Pareillement, le risque d’une poésie un peu trop marquée n’est pas toujours écarté par ce qui se voit sur le plateau (ces passages où l’ange respire le parfum de fleurs emprisonnées d’un bocal, le déversement du contenu d’une urne funéraire sur toute la largeur de la scène pendant que sont diffusés des archives de journaux télé et radio allant d’Hiroshima à la guerre en Ukraine) ou les surtitres venant chapitrer l’action (« Effervescence de la pensée », « Sentir la finitude »). Dans une tradition marionnettique certaine, les regards public de l’ange ne manquent pas, afin d’attirer la connivence des spectateurs, non plus que des inserts humoristiques (bienvenus, en tant que contrepoints au propos plutôt grave) telle cette série de tentatives de suicide, manière d’échapper à sa condition d’immortalité.
On touche aussi, à cet endroit, à une autre limite du Spleen de l’Ange dont, trop vite, se trouve posé le propos d’ensemble : l’ange veut devenir humain(e), lassé(e) de sa condition d’immortel(le), et nous fait comprendre que nous ne mesurons pas notre chance de voir passer les années et de pouvoir profiter du temps présent. Si on accepte que le spectacle en reste là, on peut alors pleinement goûter l’esthétisme de certains tableaux, quelques artifices concoctés par la manipulatrice ou la manière dont Johanny Bert arrive, lui-même, sur scène.
Autres dates :
– 07/11/2024 : Théâtre du Pays de Morlaix
– du 13/11/2024 au 15/11/2024 : Théâtre 71 - Malakoff
le 28/10/2024