(Morr Music / Bigwax Distribution)
22/11/2024
Electronique

Electronica / Morr Music / Pop / Tarwater / To Rococo Rot
Lors de nos recensions des précédents albums de Tarwater sur Morr Music (publiés respectivement en 2005 et 2007), ces pages avaient été plutôt sévères, mentionnant des disques « tièdes », avec des titres « trop mécaniques », « voire plutôt pénibles », qui présentaient « des lignes mélodiques paresseuses ». Depuis, du temps a passé, les Allemands ont fait le choix d’espacer leurs sorties et on les retrouve sur le label de Berlin après quelques incartades sur Bureau B ou Gusstaff Records. En amont de l’écoute de ce Nuts Of Ay, on a réécouté quelques-uns de leurs longs-formats antérieurs, réévalués à l’occasion (comme si, une nouvelle fois, appréhender cette électro-pop chantée dans un contexte où on se tourne moins fréquemment vers ce registre permet de la goûter plus favorablement).
C’est donc avec cet historique qu’on aborde ce nouveau disque, pour se rendre compte que le chant de Ronald Lippok a gagné en assurance, tout en sachant s’effacer pour laisser un instrument à vent opérer en solo (Trapdoor Spider, USA). Ce chant est, ici, mis au service de textes tirés de poèmes et paroles venus d’auteurs divers : Milner Place, Derek Jarman, Shane McGowan, Jaan Kenbrovin ou John Lennon. Au soutien de ces derniers ou de leurs propres écrits (Hideous Kiss), les Allemands offrent une base électro-pop dans laquelle on reconnaît leurs guitares typiques, leurs petites rythmiques et cette certaine langueur qui les caractérise. Mais, à la différence de leurs productions préalables, celle-ci nous semble plus équilibrée dans ses intentions et ses résultats.
De fait, en parallèle du registre électro-pop majoritaire, Tarwater sait aussi livrer des instrumentaux travaillés, à l’image du Gouvernant Sun d’ouverture, avec sa petite mélodie en boucle, ses quelques notes de clavier et ses rythmiques. Cette forme de complexité ou de richesse fait écho à la palette orchestrale plus large provenant aussi bien du duo (Forever Blowing Bubbles et sa subtile guitare déliée) que de leurs invités (Alva Noto et son électronique sur On Waves And Years, Schneider TM et sa six-cordes qu’on croirait échappée d’un disque Sarah Records sur le délectable Spirit Of Flux, la voix de Masha Qrella sur le refrain de Down Comes The Goose).
Si on peut regretter une certaine brièveté du propos, avec ses douze morceaux en moins de quarante minutes (les titres inférieurs à trois minutes auraient, ainsi, aisément pu être prolongés), cet album de Ronald Lippok et Bernd Jestram nous réconcilie assurément avec ce duo au long cours.
le 16/01/2025