Closer Music 2025 : Astrid Sonne / Oonagh Haines

 date du concert

07/03/2025

 salle

Lafayette Anticipations,
Paris

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Lafayette Anticipations

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Lafayette Anticipations

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Double contrepied pour cette édition 2025 du Closer Music Festival avec, tout d’abord, un positionnement calendaire début mars (au lieu de courant janvier jusqu’alors) et, ensuite, une affiche qui mettait une oreille en majesté, alors que la programmation fit plutôt le choix de s’orienter vers des artistes et formations qui centrent leur travail sur la voix. Comme l’année dernière, ce fut la première des deux soirées (à nouveau complètes) données à Lafayette Anticipations qui nous attira, avec la présence d’Astrid Sonne, musicienne suédoise dont le troisième album, publié l’an passé, lui a permis d’obtenir une plus large reconnaissance.

Chargée d’ouvrir les débats, face à un public toujours aussi looké et modeux, celle qui est installée à Londres raconta combien il fut difficile de rallier Paris, avec les annulations des trains consécutives à la découverte d’un obus datant de la seconde guerre mondiale Gare du Nord. Arrivée à bon port, avec ses deux acolytes, elle put proposer une suite de chansons basées sur des tapis de cordes (les trois jeunes femmes officiaient au violoncelle, alto et violon), des pizzicati (Almost), une basse lancée par un séquenceur manipulée par ses soins ou une rythmique issue du même adjuvant.

Astrid Sonne

Possiblement plus convaincante dans ces deux dernières hypothèses, Astrid Sonne, après s’être levée, avoir posé son alto pour s’emparer du micro placé à l’avant-scène, interpréta ses morceaux d’une voix un peu blanche, permettant de se rappeler que ce passage au chant constitue une nouveauté de ce long-format paru en 2024, et expliquant qu’hormis Do You Wanna, peu de lignes mélodiques se montrèrent identifiables. Ses phrases courtes s’effaçaient vite, afin de laisser place à la musique, parfois dissonante quand les notes données par les cordes se montraient trop proches. Légèrement répétitif, le set de la Suédoise témoigna néanmoins d’une belle sincérité et, notamment grâce à un morceau plus syncopé avec des rythmiques plus marquées, d’une capacité à faire taire des spectateurs pas forcément extrêmement attentifs au début.

Oonagh Haines

Autre musicienne délocalisée, Oonagh Haines a, pour le coup, quitté Londres pour la France (Dunkerque puis, à présent, la Bretagne) et se montra, par suite, très à l’aise avec notre langue même si c’est dans sa langue natale qu’elle donna son concert. Trafiquée, sa voix, put, dès le deuxième titre, se faire très grave, avec des accents robotiques en parfait décalage avec ce corps de jeune femme aux cheveux courts, jean et large t-shirt noir. Des rythmiques sourdes et plutôt minimales, lancées par ses soins et qui, parfois, se firent plus cadencées pour inviter le public à se remuer sobrement, structuraient ses morceaux dans lesquels on se trouvait pris, à la fois par ces instrumentaux et par la dimension très narrative de ses textes (« And then I kiss you/in front of my burning car », « I always keep a loaded gun/on my bedside table »). Capable de revenir, par instants, à sa voix normale, la jeune femme maintenait cette aptitude à rendre très intelligible ses paroles, sortes de mini-récits qui sonnaient, avec son accent prononcé, comme typiques de cette Angleterre largement dépeinte par des fictions télévisées et cinématographiques et, ici, retranscrite sur scène.

Vers 22 heures, le duo 700 Bliss s’installa sur scène, réparti de part et d’autre d’une large table, avec Moor Mother côté jardin et DJ Haram côté cour, et livra des morceaux où, une fois encore, les voix des deux interprètes se firent très présentes. Pour autant, ce mélange de phrasé rap, de grosses basses et d’électronique un peu martiale, nous laissa assez extérieurs et nous fit quitter la soirée au bout de quelques titres.

François Bousquet
le 11/03/2025