(Disques d’Honoré / Import)
11/07/2025
Electronique

Toujours aussi à l’aise à la fois dans le registre acoustique guitare-voix que dans une veine ambient, c’est ce second versant que Benoit Pioulard retrouve avec Stanza IV, quatrième station d’un parcours débuté il y a dix ans et qui a donc déjà donné trois premiers volets. Publiés en CD-R, cassette et 10", ces trois sorties se trouvent maintenant rejointes par un LP et une cassette, avec quatre titres inédits sur le vinyle et six remixes de ces morceaux sur la cassette. Assez étonnamment, comme s’il s’agissait d’une contrainte délibérée, les quatre titres originaux durent exactement onze minutes, tandis que leurs remixes présentent des durées variées. Réalisés par quelques musiciens suivis et appréciés de ces pages (Arovane, MJ Guider, Markus Guentner, Clarice Jensen, par exemple), ces remixes constituent une excellente raison de s’arrêter sur cette parution, dans un contexte où on laisse passer un grand nombre de sorties de Pioulard, artiste très prolifique.
Assumant la longueur de ses morceaux, l’Étatsunien en profite pour jouer sur les traditionnels ressorts de l’ambient, avec travail sur les variations, les fondus en ouverture et fermeture, et le frissonnement que peuvent provoquer oscillation des nappes et introduction de field recordings. Sur Xaipe, quelques notes cristallines interviennent, confortant la grande délicatesse d’un titre que Markus Guentner relit en ouverture de cassette : accentuant la montée en puissance progressive, l’Allemand y renforce l’effet de souffle global. Ersatz Immortality permet à Benoit Pioulard de convoquer des sonorités plus lumineuses, quasi-scintillantes, comme si la sensation de la lumière sur l’eau était musicalement retranscrite. Avec son violoncelle, Clarice Jensen en fait quelque chose de moins lié, conservant, en arrière-plan la suite d’aplats ondoyant, mais privilégiant l’instrument à cordes pour un résultat tout juste satisfaisant. De même, Viul (compagnon de route de Pioulard sur son label Disques d’Honoré ou pour un album en commun) opte pour laisser les nappes à l’arrière et poser, comme matériau principal, des rythmiques roulantes et sombres, aux contours métalliques, conduisant à un remix plus fouillé.
Pour Fog Dialect, Thomas Meluch fait un choix assez consensuel avec une piste très homogène, que MJ Guider peut alors aisément perturber avec des tapotements réguliers, des apports métallico-industriels et quelques passages chantés. Dans un registre plus proche de la techno, Arovane introduit des rythmiques soutenues, ne laissant plus rien voir de la piste initiale. En bout de LP, et comme s’il avait pu progressivement gagner en confiance, Benoit Pioulard accentue la présence de ses accords de guitare sur un Steeples Writhe auquel James Devane vient greffer de belles pulsations en polyrythmie, qui finissent de confirmer que les remixes les plus pertinents sont ceux qui s’écartent le plus de l’original.
le 11/08/2025