Pas assez de distributeurs… ou trop d’œuvres à distribuer ?
En cherchant récemment des informations sur un album, on s’est fait la réflexion qu’il était de plus en plus difficile de savoir si un disque est distribué ou non : absence de mention du distributeur sur les fiches techniques, disparition de la mention « import » dans les bacs des magasins de grande taille (type Gibert ou Fnac), prix équivalent entre disque distribué et disque importé, etc… Le métier tendrait donc à s’invisibiliser, voire à se raréfier puisque, dans les champs qui nous occupent sur ces pages, la proportion de labels distribués s’amenuise d’année en année. Certaines petites structures, qui avaient pu trouver un relais en France grâce à quelques opérateurs indépendants et motivés (Differ-ant, Chronowax, La Baleine, Tripsichord), n’ont pas forcément été reprises quand ces distributeurs ont fait l’objet de rachat par de plus grosses entreprises. Le développement des ventes en ligne (dont celles en direct sur les sites des labels concernés, ou quasi-direct sur des plateformes comme Bandcamp) permet, partiellement, de faire face à ces situations.
Pour autant, on y revient, cela s’accompagne assurément d’une perte de visibilité pour les labels et artistes considérés. De la même manière, l’augmentation exponentielle du nombre de films produits et réalisés chaque année a, certes, entraîné une hausse du nombre de sorties hebdomadaires (une quinzaine en moyenne, contre une petite dizaine au début du siècle) mais aussi une hausse du nombre de longs-métrages qui ne sortiront jamais en salles. Directement diffusées en DVD et/ou VOD, ces œuvres avaient, pour certaines, pourtant été saluées en festival ou sont le fait de cinéastes reconnus qui, la fois suivante, éprouveront certainement des difficultés à produire leur film. À l’occasion du festival d’Avignon, enfin, on a appris que 80 % des compagnies qui se produisent dans le « off » enchaînent avec moins de cinq dates de tournée. Cela traduit, là aussi, une crise de la distribution et de la diffusion alors que, comme pour le cinéma, le nombre de lieux de représentation n’a pas baissé ces dernières années.
Y aurait-il, alors, plutôt qu’insuffisance d’acteurs du partage culturel, trop d’œuvres à distribuer et à diffuser ? C’est possible si on se réfère aux plus de 100 000 nouveaux titres (!) accueillis chaque jour sur les plateformes musicales, ou au nombre de films et pièces de théâtre qui restent sur le carreau. Si les morceaux de musique n’ont pas nécessairement vocation à être exploités sous format physique, les longs-métrages et œuvres de spectacle vivant existent, précisément, de leur rencontre avec le public. Pour s’y retrouver, ce dernier se trouve alors obligé, à l’instar des quelques distributeurs restants, tenu à une forme de rationalisation, en l’absence de malthusianisme à la base.
le 18/08/2025