du 23/10/2025 au 11/01/2026
Institut Suédois,
Paris
Adepte des assemblages un peu singuliers et combinaisons mettant aux prises des meubles entre eux, Tarik Kiswanson prolonge ces motifs pour l’exposition personnelle que lui consacre l’Institut Suédois, lieu dans lequel nous n’étions pas revenus depuis quelque temps. Plusieurs séries de travaux et une programmation plastique moins intéressante pour ces pages nous ont, ainsi, tenu éloignés de l’institution située en plein Marais et de son délicieux café. En quatre salles et une petite dizaine d’œuvres, le Suédois prend possession des lieux par un certain minimalisme bien que ses créations soient assez imposantes.
De fait, Seuil fait plus de dix mètres de long, The Relief (Steinway Victory Vertical, 1944) utilise un véritable piano et sa caisse de transport est exposée à ses côtés. Parti d’éléments d’archives témoignant de l’existence de pianos Steinway & Sons, construits par le fabricant étatsunien pour être transportés et utilisés sur le front européen (après avoir été parachutés) pendant la seconde guerre mondiale, Tarik Kiswanson en a retrouvé et restauré un exemplaire. Mais plutôt que de le placer en majesté, il le dispose sur une forme ovale blanche et lisse, semblable à un gros ballon de rugby. Précaire et jouant sur une forme d’illusion, la combinaison rappelle des agencements d’autres artistes, mais avec cette composante historique singulière, ainsi qu’une dimension narrative certaine.
Cette dernière se trouve encore plus manifeste dans le couloir de Seuil, suspendu en l’air tel un caisson, étroit et long espace où quelques meubles sont posés, éclairés par de puissants néons. Entre intérieur resserré façon cellule et jeu sur la perspective, l’œuvre invite aussi à s’interroger sur qui pourrait ainsi l’habiter. Tout aussi sobres dans leur déploiement, Respite et Anamnesis, deux blocs en résine, sont posés au sol, respectivement transparent et opaque, et contiennent, en leur sein, soit une bougie, soit un morceau d’inox. Écartées l’une de l’autre et disposées en angle droit, elles peuvent se lire comme deux pièces d’une même face, ou de manières de raconter une histoire… ou l’Histoire.
Même logique de confrontation des parcours avec deux chaises de chêne et d’hêtre, assises en bois dessinées par un architecte allemand (Adolf Gustav Schneck) passé au nazisme et un architecte étatsunien d’origine japonaise (George Nakashima) emprisonné en Idaho après Pearl Harbor, de crainte d’intelligence avec l’ennemi. Imbriquée l’une dans l’autre, ces chaises agissent comme métaphores des destins nécessairement croisés. Au milieu de ces œuvres évoquant la guerre, la réconciliation apparait néanmoins, par le simple geste d’enfants du Conservatoire de Saint-Denis qui interprètent (en tâtonnant un peu) l’Ode à la joie, ce finale de la neuvième symphonie de Beethoven, hymne pacifiste de l’Europe, construite sur les brisées de l’affrontement mondial.
le 21/11/2025