12/11/2025
Dynamo,
Pantin
Plateau très cohérent en ce mercredi soir à la Dynamo, avec deux concerts donnés par des jeunes femmes afro-américaines, autrices de récents albums naviguant entre free-jazz, ambient et trip-hop ralenti. Face à une salle remplie aux deux-tiers environ, les prestations embuées se succédèrent pour la satisfaction du public et des musiciennes elles-mêmes, ravies de jouer l’une après l’autre (et pour Joy Guidry, de revenir à la Dynamo, trois ans après qu’on l’y a vue en tant que membre du groupe accompagnant Matana Roberts).
Assise derrière ses machines, la Californienne lança un bourdon, rejoint par des notes graves données par son basson, capable aussi de servir de vraies lignes mélodiques. L’écho sur cet instrument donnait un caractère aérien à l’ensemble, tandis qu’un côté un peu mystérieux résultait de la combinaison de la fumée et des lumières bleues venant de derrière la jeune femme. Joy Guidry superposa ensuite une deuxième ligne de basson à la première, puis tritura les deux à l’aide d’un séquenceur, de la saturation de quelques basses et de la pose de grésillements. Même dans une telle configuration, le propos maintenait son aspect langoureux comme la profondeur du geste et du souffle.
Un sample parlé (un poème ou autre texte littéraire, semble-t-il) intervint ensuite, puis des rythmiques électroniques assez claires avant de se complexifier dans une polyrythmie savoureuse. Enfin, pour conclure cette longue pièce d’une demi-heure, des vocalises de gorges saturées furent introduits par l’Étatsunienne. Deux morceaux plus courts, dont un dédié à son père, complétèrent son convaincant concert, titres qui gagnèrent en dimension élégiaque ce qu’ils perdirent en richesse et complexité des arrangements.
Prenant le relais sur scène à 22h, Niecy Blues venait présenter son album, paru il y a deux ans sur Kranky et qui nous avait assez séduits. Habitée, occupant l’espace par d’amples mouvements de bras, l’Étatsunienne lançait ses mesures instrumentales au laptop et séquenceur, tandis que sa voix se trouvait dotée d’une forte réverbération (un peu trop forte même, ce qui rendit difficilement intelligible ses paroles). Au milieu de titres plutôt courts, U Care se distingua par sa longueur et son évolution interne, partant d’une grosse basse, d’une rythmique sourde et d’arpèges clairs de guitare, avant d’accueillir un extrait gospel soutenu par une batterie dans sa conclusion.
Pour la suite du set, la musicienne servit alternativement des pulsations plus telluriques, une basse plus marquée, des chœurs préenregistrés ou une voix parfois noyée sous les apports instrumentaux et les rythmiques (sur le caudal The Architect, par exemple). Jouant, comme Joy Guidry, dans une atmosphère brumeuse (fumée, lumières bleutées), Janise Robinson livra une prestation conforme à son long-format, et bien servie par une qualité d’interprétation et une qualité d’écoute.
le 13/11/2025