15/11/2025
Petit Bain,
Paris
Organisé en collaboration avec Les Femmes s’en Mêlent et en plein cœur des trois semaines du festival, le plateau de ce samedi soir à Petit Bain n’était pas vraiment intégré à cette manifestation annuelle. Conséquence (?) : la péniche n’était pleine qu’à une bonne moitié pour assister à trois concerts d’artistes plutôt émergentes et officiant dans un registre majoritairement électronique. Arrivé trop tard pour assister à la prestation de Tratenwald, on pénétra dans Petit Bain quelques instants avant l’entrée sur scène de Nadah El Shazly. Associée à 3Phaz, chargé d’envoyer rythmiques et séquences préenregistrées depuis ses laptop et machines, l’Égyptienne livra quarante minutes de morceaux chantés en arabe, ambitionnant de combiner tradition et modernité.
Malheureusement, l’ensemble se manifesta par un vrai manque de sobriété : jeu avec ses cheveux lâchés, vocalises langoureuses, port de voix, mimiques, etc… Plus pertinente dans les titres plus bruts et plus rêches, quand elle rejoignait son acolyte aux machines ou quand le volume sonore se faisait plus puissant (tel le dernier morceau), la Cairote fut soutenue par des stroboscopes et autres spots clignotants, soulignant habilement la musique. Pour celle-ci, les apports électroniques non vocaux de 3Phaz constituèrent certainement la meilleure part d’un set trop maniéré.
Lors de la fin de notre recension enthousiaste du premier album de Disiniblud, nous nous demandions comment les Californiennes allaient traduire sur scène leurs morceaux, où toutes les parties chantées sont assurées par des invitées. Comme on pouvait s’y attendre, aucune ne les accompagnait pendant cette tournée européenne dont Paris était la seule escale française, et leur concert s’axa donc davantage sur les morceaux instrumentaux, servis par une orientation plus franchement électronique et une convaincante capacité à occuper l’espace sonore. De fait, là où les morceaux de l’album prennent parfois leur temps avant de livrer rythmiques et pulsations, Rachika Nayar et Nina Keith saturèrent fréquemment, et sans délai, le volume de Petit Bain par leurs mesures cadencées et relances propres à mettre le sourire aux lèvres.
Secouant très souvent la tête en cadence, au gré des concours electronica des deux jeunes femmes, on fut immédiatement saisi, dès un Give-upping chargé de débuter le set (même ouverture que sur disque) dans lequel la voix de Julianna Barwick se trouva rejointe par des rythmiques entraînantes, des interventions au piano et des mélodies électroniques tourbillonnantes. En toute fin de prestation, on retrouva ces mêmes sensations, pendant Blue Rags, Raging Wind, chanté par Amigone. Entre ces deux bornes, pas vraiment de répit (exeunt les pistes arythmiques du disque) et peu de morceaux chantés, donc, sinon My Flickering Gift To You, avec la voix de Tujiko Noriko, agissant surtout par onomatopées, matériaux saccadés bien en phase avec les instrumentaux de Étatsuniennes.
Capables d’assurer des parties musicales sur de vrais instruments (Nayar au piano et Nina Keith à la basse, agrippée pour quelques mesures sur deux ou trois titres), les deux complices se jetaient des coups d’œil respectifs, témoignages de très bonnes synchronisation et entente, ainsi que de leur plaisir d’être sur scène (et le nôtre de les entendre et voir). Étonnamment peu réceptive, une partie du public quitta le concert pendant son déroulé, clairsemant progressivement la fosse pour nous laisser pleinement profiter de ces vagues rythmico-mélodiques prenantes.
le 17/11/2025