Sonia Chiambretto
Hubert Colas
du 06/11/2025 au 22/11/2025
Théâtre des Amandiers,
Nanterre
Alors que les relations entre la France et l’Algérie oscillent, politiquement, entre défiance et vague réchauffement, il est pertinent de se replonger sur l’histoire récente du second pays, grâce à Superstructure, travail sur trois périodes de Sonia Chiambretto : la guerre d’indépendance, la décennie noire et un futur proche non déterminé. Extrait de l’ouvrage Gratte-Ciel de l’autrice marseillaise, le texte de la pièce se trouve servi par une demi-douzaine d’interprètes convaincant et une scénographie d’Hubert Colas (également à la mise en scène) très réussie.
Avec ses deux plateformes mobiles et dotées de plaques de plexiglas, le plateau offre une estrade aux comédiens, y montant pour dire leurs textes, mais aussi un lieu-support pour une maquette de la ville rêvée par Le Corbusier dans les années 1930, et enfin un respectable pour des projections dialoguant avec celles diffusées sur un grand écran en fond de scène. Les vues d’Alger depuis la mer, au ras de l’eau, projetées derrière les interprètes, résonnent ainsi avec les petits ensembles réduits de la maquette, ou bien, dans la seconde partie, la densité de la jungle trouve un écho dans les teintes vertes et brunes réparties sur les plateformes. Enfin, une caméra, située dans les cintres, permet de saisir les comédiens par le haut, façon vidéosurveillance.
Sur le plan dramaturgique, le propos n’est malheureusement pas à la hauteur de cette esthétique, des suites de monologues ou interventions plutôt longues sont ainsi convoquées pour décrire des scènes de la décennie noire (la terreur semée par les membres du Front Islamique du Salut, les escapades dans la Zone Privée d’État, la manière dont les jeunes essayent de vivre malgré tout) ou de la guerre d’Algérie. Si les scènes de groupe (pendant la diffusion de Pata Pata de Miriam Makeba, ou lorsque la scène du plastiquage de la cache d’Ali la Pointe, tirée de La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo est diffusée) s’avèrent probantes, l’écriture de Sonia Chiambretto accroche largement par ailleurs. De fait, avec ses répétitions et une vague impression d’extériorité, elle donne le sentiment de vouloir éviter toute incarnation trop victimisante ou tout chantage à l’émotion. En outre, le fait que la guerre d’Algérie soit abordée du point de vue d’un soldat français n’aide pas à la cohérence globale d’un spectacle auquel on est resté, au final, plutôt insensible.
le 18/11/2025