(Shelter Press / Modulor)
14/11/2025
Rock

Divinité grecque du malheur et des poisons, Achlys est un nom assez morbide pour être sélectionné comme intitulé d’un disque. Lorsque celui-ci expose une pochette dans les camaïeux de gris, sur laquelle une silhouette se distingue péniblement dans une brume cotonneuse, on se fait une idée assez sombre de ce qui peut être proposé sur le LP correspondant. Son auteur, Jon Porras, nous est surtout connu de nom, et pour l’avoir vu en concert en 2019, au regretté Sulfure Festival, ses précédentes productions discographiques n’ayant pas donné lieu à recension sur ces pages. Notre souvenir de ce concert, plongé dans le noir pour une proposition de pure ambient, se trouve un peu contredit par l’ouverture de ce nouvel album, avec la présence d’une guitare électrique jouée en finger-picking, au touché délicat, posée sur des nappes et quelques interventions de synthé modulaire.
Et, de fait, tout au long de la quarantaine de minutes de ce disque, il va s’agir de se plonger dans ces lignes de six-cordes, plus ou moins soutenues par de la synthèse granulaire, propre à créer, le cas échéant, un environnement plus dense et, partant, plus habité (Castilleja). Faisant le choix de divagations, sans véritable recherche mélodique ou tracé de partitions identifiables, la guitare de Jon Porras se glisse impeccablement dans l’univers un peu ouaté et embué que les nappes mettent en place. Comme parfois en pareille situation, la durée peut être un peu questionnée : chaque morceau pourrait s’étendre un peu plus ou un peu moins sans que sa qualité en souffre ou en bénéficie. Achlys s’apparente alors à la capture d’une sorte de flux de conscience, saisi avec toute l’émotion qui sied, au risque possible d’une trop grande homogénéité d’un album à l’écoute néanmoins très délectable.
le 18/02/2026